La Turquie d’Erdogan poursuit sa chasse aux gülénistes

Le parti au pouvoir ordonne un nettoyage de ses rangs
le 06.08.16|10h00

Après l’armée, l’éducation, la santé, la presse, la chasse aux sympathisants
du prédicateur exilé Fethullah Gülen, accusé d’être derrière le coup d’Etat, se poursuit.
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La traque des putschistes s’étendà d’autres secteurs,
après l’armée
et la presse

Le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir en Turquie,
a décidé d’étendre la purge à ses propres rangs, rapporte l’AFP. L’opération
de l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan, menée depuis le coup d’Etat
raté du 15 juillet en Turquie, s’est soldée jusque-là par au moins 60 000
limogeages, arrestations et gardes à vue, notamment dans l’armée, la justice,
la presse et l’éducation. Une circulaire signée par le n°2 de l’AKP, Hayati Yazici,
«ordonne l’urgent nettoyage de l’organisation du parti» afin d’en éliminer ceux
qui sont liés à l’organisation terroriste Fethullah FETO. Cette appellation a été
forgée par Ankara pour désigner les «gülénistes», accusés d’avoir noyauté les
institutions et la société turques en créant un «Etat parallèle». L’épuration
demandée au sein de l’AKP «ne devrait pas laisser la place aux rumeurs ni aux
troubles au sein du parti», selon le texte.
Proche allié d’Erdogan avant leur rupture
en 2013, alors que ce dernier était Premier ministre, Fethullah Gülen, en exil aux
Etats-Unis, a nié toute implication dans la tentative de coup d’Etat. La Turquie a
lancé contre lui, jeudi, un mandat d’arrêt après une demande officielle d’extradition
auprès des Etats-Unis. La Turquie a annoncé avoir déjà fourni à deux reprises des «dossiers» sur le rôle de Gülen dans le coup d’Etat manqué. Quelques jours après
le putsch raté, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a estimé que le régime turc
devait présenter «des preuves, pas des allégations» contre Gülen. Le gouvernement américain a répété jeudi que cette procédure juridique prenait du temps.
Le ministère de la Justice «essaie toujours de déterminer si les documents fournis constituent une demande formelle d’extradition», a expliqué un porte-parole du département d’Etat américain, Mark Toner.

À quand la fin de la chasse ?

Au cours des deux prochaines semaines, une délégation, emmenée par les ministres
turcs des Affaires étrangères et de la Justice, doit se rendre aux Etats-Unis pour
expliquer l’implication supposée de Gülen dans la tentative de coup d’Etat.La purge
en cours, qui a provoqué de vives protestations à l’étranger, n’a encore touché que
«le sommet de l’iceberg», a averti jeudi le président Erdogan, en annonçant la visite
du secrétaire d’Etat américain fin août.
Hier, Gülen a rappelé, dans un communiqué,
avoir «condamné à plusieurs reprises la tentative de coup d’Etat» et nié «toute implication» dans cette affaire. Et d’ajouter : «Le système judiciaire turc n’est pas indépendant, donc ce mandat d’arrêt est encore un exemple de la tendance du
président Erdogan à l’autoritarisme et aux écarts vis-à-vis de la démocratie.»

La Turquie avait déjà émis un mandat d’arrêt contre Gülen en décembre 2014,
notamment pour avoir «monté et dirigé une organisation terroriste armée» alors que
les relations d’Erdogan avec son ancien allié s’étaient dégradées en raison d’un
scandale de corruption impliquant des proches du Président et des ministres. Ankara
a vu derrière ce scandale la main de Gülen. Membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), la Turquie est un élément important pour l’équilibre régional.

Elle fait partie de l’alliance occidentale dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Ankara et l’Union européenne (UE) ont signé un accord d’association, le 18 mars, concernant les réfugiés. La Turquie s’est rapprochée d’Israël, puis de la Russie, pays
avec lequel les relations étaient exécrables depuis novembre. De plus, le Premier
ministre turc a déclaré, quelques jours avant la tentative de coup d’Etat, qu’il était nécessaire de revoir la politique de la Turquie à l’égard de la Syrie. Ces éléments et
sa situation géographique font qu’Ankara a un rôle important à jouer dans la stabilisation régionale. Sur le plan intérieur, Erdogan compte concrétiser son projet de modification constitutionnelle en sa faveur et poursuivre sa guerre contre les Kurdes.

Amnay idir