29 Octobre 2016

Mon épaule ne vous appartiendra jamais !


Par Hakim Laâlam
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Tliba ! De plus en plus en délicatesse avec le…
… régime !
Et nous voilà donc installés de force, une nouvelle fois, au même carrefour, avec obligation de choisir entre le clan d’Oujda et le clan d’Annaba. Peuple nomadisé des carrefours, on nous y plante, puis on ouvre le robinet à suggestions : «Tu sais, si Amimer a été viré, c’est parce qu’il a noué une alliance avec Gaïd et le clan de Annaba. Et tu vois, ça, le clan d’Oujda ne l’a pas supporté, surtout dans la perspective de 2019.» Eh oui ! Les dates algériennes sont toutes stationnées à un carrefour. On dirait une constante nationale que ces rassemblements de clans aux carrefours, avec nous faisant haies, potiches à qui l’on ordonne d’applaudir au signal. Bien sûr, tu peux la jouer «rejet en bloc» des carrefours ! Oui ! Gros acte de bravoure qui te voit descendre de voiture à ce carrefour imposé, et t’en éloigner à pied ou à vélo en marmonnant «au diable vos clans, je rentre à la maison, où il n’y a pas assez de place pour installer un carrefour, de toutes les façons». Oui, tu peux. Sauf qu’eux, tenaces, têtus et surtout n’ayant que ça à f… de leur temps et de nos vies, reviennent te chercher. Ils ne lâchent pas l’affaire. Ça se voit ces dernières heures. Ça se lit, surtout ! Ils relancent grave, lourdement sur cette histoire de guerre entre le clan d’Oujda et le clan d’Annaba. Ils en font des tonnes. Ils surlignent au rouge à lèvres hypergras acheté au bazar turque de Dar-el-Beïda ! Ils allument les warnings et au cas où toi, aveugle et sourd, tu ne réagirais pas, ils te prennent alors par l’épaule et te gueulent dans
l’oreille «Eh ! Oh ! Toi, le quidam, faut vraiment que tu réalises que l’heure est grave, qu’il faudra bien choisir entre le clan d’Oujda et le clan de Annaba.» Je n’aime pas que l’on mette la main sur mon épaule. Sans mon autorisation. Et pour tout vous dire, je n’accorde jamais d’autorisation du genre. Et j’ai horreur qu’on gueule à mon oreille. Pour une raison toute simple. Mon oreille n’est pas un carrefour. Mon oreille, c’est mon airbag. Et toutes les sirènes de ce pays, tous les surlignages pourront être actionnés nuit et jour, rien n’y fera. Mon épaule n’appartiendra jamais à un clan. Plutôt crever ! Ou plutôt fumer du thé et rester éveillé à ce cauchemar qui continue.

H. L.