Tizi-Ouzou. Quel bilan tirer de la marche contre
l’insécurité ? Plusieurs…… agressions, quatre vols de portables
et un collier en or dérobé ! Bon ! Maintenant que le pays al-hamdoulillah s’est doté d’une loi sur le fermage de gueule des militaires, il faut vite passer à l’étape qualitative suivante : une autre loi portant elle «fermage de gueule des civils» ! Y’a pas de raison ! Nous sommes un pays démocratique, profondément démocratique, intensément démocratique, surtout en matière de silence imposé et non imposable. Les militaires se taisent. Alors, les civils aussi doivent se taire. Je sens déjà le filon. Et j’anticipe en achetant à bas prix des manuels de langage des signes. Je pense en écouler des millions d’exemplaires en très peu de temps, et dans un silence total, bien sûr. Comment dit-on à son boulanger «donnez-moi une baguette de pain, pas trop cuite» ? Mais n’allons pas plus vite que la musique. Et apprenons d’abord à décoder l’ordre donné par le conjoint en langage des signes : «Chéri ! N’oublie pas de prendre du pain avant de rentrer.» Je sens que les soirées dans les chaumières algériennes vont être animées. Signalétiquement animées, s’entend ! Et d’ores et déjà, j’en appelle au ministère de l’Habitat et aux architectes talentueux que compte le pays : s’il vous plaît, dans vos nouvelles cités, prévoyez des chambres et des salons aux dimensions respectables et surtout au plafond haut placé. Contraints au silence, nous allons devoir parler avec nos bras, faire des moulinets tout le temps. Et un plafond haut, c’est tout de même mieux pour éviter de décrocher le lustre lorsque j’explique en… silence, mais avec force gestes que c’est le seul pain qui restait chez le boulanger à 19 h, et que si ça ne plaît pas à Madame, elle n’a qu’à faire de la galette ! Comment dit-on «chérie, tu nous fais de la galette, s’il te plaît ?» J’ai dû me tromper dans ma gestuelle, parce que ma chérie, à décoder ses gestes en ce moment, et surtout l’angle très agressif de ses sourcils arqués, est en train de me dire en langage des signes : «Eh ! Oh ! Et si t’allais ailleurs fumer du thé pour rester éveillé à ton cauchemar qui continue…»
H. L. |