Le 10 Juillet 2016
Le dilemme du pompier !

Par Hakim Laâlam
Email :
[email protected]
Voilà ce que c’est que de se précipiter ! On aurait juste
attendu un peu, rien qu’un peu et on l’aurait eu pour pas
très cher.
Joachim Löw !
J’suis pompier ! Et pour un pompier, l’été, c’est la saison du coup de feu ! Celle du plein emploi. On est à la bourre depuis quelques jours. On nous appelle de partout. Y a des départs de feu aux quatre coins du pays bouillant. Et là, on vient justement de nous appeler pour une urgence. Une urgence qui me pose un vrai problème à moi, pompier. Un dilemme. Un dilemme de pompier. On nous demande d’aller éteindre un feu qui ravage un maquis. Oui, je sais que le sacerdoce du pompier lui commande d’éteindre tous les feux qu’on lui met au bout de sa lance. Mais là, dans ce maquis, on nous signale des «Frères barbus» pris au piège des flammes. D’accord ! Pas besoin de me rappeler qu’en tant que pompier, j’ai prêté serment de sauver toutes les vies humaines. Quelles qu’elles soient. Mais je gamberge. En enfilant mes jambes autour de la rampe d’accès au sous-sol et au camion qui est stationné, je gamberge fort. Sauver des tangos en proie aux flammes, ce n’est pas courant dans ma vie de pompier. C’est d’ailleurs la première fois que je me retrouve, avec ma compagnie, face à ce genre de sauvetage. Faut y aller ! Quand faut y aller, faut y aller ! C’est ce que me dicte le code des pompiers. C’est ce que j’ai juré sur mon honneur de pompier de faire tout le temps, sans me poser de questions. Mais là, en arrivant devant le beau camion rouge, je m’en pose des questions. Les mecs encerclés là-haut par les flammes, dans le maquis, voulaient foutre le feu au pays. Faut-il absolument éteindre des gens dont le seul projet est de cramer un pays ? Je vois bien que le lieutenant qui dirige notre escouade se pose lui aussi des questions. Tellement que nous sommes tous là, au bas du camion, tenue ignifugée endossée, lances enroulées correctement et réservoirs pleins. Faudrait peut-être grimper dans ce foutu camion dont le rouge me semble déjà moins beau, moins rutilant. Les mectons là-haut, dans le maquis, doivent sentir le roussi qui gagne leurs barbes, ou du moins les poils à leurs mollets. Je regarde les pneus du camion. Ils ne seraient pas un peu dégonflés par hasard ? Voire même à plat pour le pneu avant gauche ? Pourquoi les crevaisons, les pannes n’ont jamais lieu lorsqu’on en a besoin ? Si on part tout de suite, maintenant, y a des chances que l’on arrive à temps et que l’on sauve les «Frères des montagnes» du feu. Quoi ? Là, tout de suite mon lieutenant ? Il insiste, le bougre ! Faut toujours écouter son supérieur. C’est écrit dans le code de conduite du pompier. Un ordre est un ordre. Et moi, en bon pompier, j’obéis toujours aux ordres. Comme celui que vient de me lancer mon lieutenant : «Coooooompagnie ! Avant de grimper dans le bahut, on prend le temps de fumer du thé pour rester éveillés à ce cauchemar qui continue.» Oh ! Oui, mon lieutenant ! Et comment que je vais prendre le temps !

H. L.