Ouverture du procès Sonatrach. Et là, ils vont peut-être nous
révéler que…… Tata Louisa est actionnaire majoritaire
dans les entreprises Eni et Saipem, hein ? Ma chère, tendre et douce compagne, c’est à toi que je remets ce testament. Pour deux raisons, au moins, par amour et par… cupidité. Par amour, parce que je t’espère plus longue vie que la mienne. Par cupidité, parce que, fort diminué, je ne crois pas pouvoir t’organiser les funérailles que tu mériterais si tu venais à partir avant moi. Mon testament, ma dernière volonté est fort simple, amie du long parcours : s’il te plaît, saisis-toi du lourd trousseau de clés qui pend à l’entrée de la maison, et dès l’annonce de mon départ à trépas, ferme vite la porte. A double tour pour la serrure du haut, à triple tour pour celle du milieu, souviens-toi qu’il faut pousser un peu le battant, faire pression avec ton corps sur le bois pour que le pêne s’enclenche au troisième et dernier tour. Tire les rideaux des pièces. Pour la pénombre que j’ai toujours adorée dans cette maison, mais surtout pour les éloigner. Pour signifier aux amis et nombreux copains et copines qui dénicheraient à tout hasard mon adresse que leur procession humide n’est franchement pas la bienvenue. Ma compagne, ma «chrika dans la vie», l’arrivée impromptue sur notre seuil de ces gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam ni de Belzebuth m’indisposerait au plus haut point. Que dire alors de ceux que j’ai toujours détestés profondément mais qui trouveraient le temps de venir tricoter sous tes yeux ahuris des louanges à celui qu’ils ont maudit, combattu et embastillé de son vivant ? Je te laisse libre et maîtresse de ta maison. C’est toi et toi seule qui en commanderas l’ouverture. Et je te sais peu oublieuse. Alors, par l’entrebâillement discret d’une des persiennes, dis-leur, en bas, qu’il s’agit là de mon dernier commandement. Celui d’éloigner les hyènes pleureuses et nécrophages. Dis-leur que même refroidi et bien mort, je n’ai pas changé. Je reste cette vieille canaille rancunière et arcboutée à ses idées fixes. Rappelle-leur que j’ai toujours eu une sainte horreur de ces scènes insoutenables de matinées d’Aïd où les voisins qui s’étaient écharpés la veille se retrouvent le matin, habillés de kamis immaculés, s’embrassent goulûment tout en feignant de ne pas remarquer leurs yeux au beurre noir. Mon aversion pour ces «noces barbares» et ces «fraternités de calendrier religieux» n’a d’égale que mon dégoût profond pour ceux qui viendraient me pleurer une fois mort, alors que vivant, ils t’ont tellement fait verser de larmes, toi et les enfants. S’il te plaît, ma passion inassouvie, une dernière recommandation : s’il venait par un quelconque subterfuge de coquins que l’un de ces laudateurs de la 25e heure t’approche, n’accepte rien de lui, ni vœux, ni encouragements, ni aide, ni drapeau plié. Ils l’ont suffisamment sali ce drapeau de mon vivant pour que je le supporte posé sur mon cercueil de frais macchabée. Voilà ! Maintenant, tu peux, à ma place et à ta guise,
fumer du thé pour rester éveillée à ce cauchemar qui continue.
H. L. |