Les autorités sont formelles. Le passeport biométrique
d’urgence restera valable jusqu’aux…… présidentielles de 2019 ! Ah ! Ces infos qui se nichent là où nichent les araignées. Il faut aller les chercher, les extirper, presque au canif. Prenez ce procès tenu ces dernières heures à Oran. Celui de B. Farid. L’individu s’est rendu en Syrie en 2013 pour y commettre le djihad. Et quel est le métier d’origine de ce monsieur, métier qu’il a au demeurant continué à exercer une fois avec ses «frères» de Daesh ? Couturier ! Eh ouais ! Le couturier de l’Etat islamique est un Algérien. Enfin, disons qu’il était le couturier des Frères. Puisqu’il vient aujourd’hui d’être condamné à cinq années de prison, par ses autres frères, en Algérie. Ce sont les détenus qui vont être contents. Un couturier tombé du ciel, quelle bénédiction ! Nous qui sommes à l’extérieur, nous ne mesurons pas assez ce que représente, pour des hommes derrière les barreaux, l’arrivée parmi eux d’un couturier. Imagine-t-on un instant le calvaire quotidien des chaussettes trouées ? Surtout en hiver, parce qu’on a beau me dire que les conditions carcérales ont été améliorées depuis 1999, surtout pour les Frères barbus, un hiver reste un hiver, même avec une bonne chaudière allumée à perpète. Et là, je ne parle que des chaussettes. A la limite, une chaussette trouée peut être doublée par une seconde paire qui colmaterait ainsi le trou. Mais un caleçon troué, hein, un caleçon ? Règle numéro un en prison, jamais de caleçon troué ! C’est mortel. Avec le nombre de microbes qui circulent… librement dans un pénitencier, le slip troué représente la porte d’entrée idéale. D’où la liesse qui a dû s’emparer des pensionnaires de la prison où va atterrir B. Farid. Lui ne doit pas encore avoir conscience de son statut à venir. Mais, s’il sait gérer, s’il fait montre d’intelligence et d’un peu de sens de la stratégie, notre couturier peut vite devenir son propre… patron dans son bloc. Oui je sais, celle-là, celle du patron était facile, attendue. Un point à l’endroit, un point à l’envers ! Que voulez-vous, l’idée même d’un couturier de Daesh dans nos murs barreaudés, ça m’émoustille. Pas autant que ses codétenus, je vous l’accorde, mais ça m’inspire. Parce qu’au-delà des vêtements à repriser, imaginez aussi l’avantage d’un couturier en milieu connu pour sa violence. ça va défiler sec dans la cellule de Farid : «Bonjour mon grand ! Dis, tu peux me recoudre la joue ? J’ai eu une altercation avec le gros malabar du bloc C.» Eh oui ! Un couturier, un bon couturier, ça peut rendre d’énormes services. Et qui sait, peut-être qu’une fois sa peine accomplie, une fois ses propres plaies recousues, notre couturier se refera une virginité dehors, «dans l’civil» comme ils disent, les taulards ! En ouvrant une échoppe honnête où il taillerait des costards sur mesure en jurant doucement, entre ses dents, qu’à l’avenir, il ne sera plus obligé de repriser des caleçons troués.
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L. |