22 Octobre 2015


Le pays des cigales génocidaires
de la race des fourmis !

Par Hakim Laâlam
Email :
[email protected]
Lorsqu’il est en France, quel est le magasin préféré de
Hamid Grine ?
La Foir’Fouille, bien sûr !
Bakhti Bélaïb, ministre de leur commerce, nous demande, nous conseille gentiment de «ne pas diaboliser les emprunts», allusion à la volonté algérienne récente d’emprunter à la Chine. Je voudrais rassurer le ministre du Commerce. D’abord, parce qu’un ministre du Commerce, ça doit être tout le temps rassuré. Un ministre du Commerce qui ne le serait pas, ça influerait négativement sur le marché et sur sa température. Un ministre du Commerce pas rassuré, et hop ! Le marché s’emballe, s’électrise et risque même la dézingue. Donc, c’est là, la première raison pour laquelle il faut absolument que Si Bakhti soit rassuré. Mais, et vous vous en doutiez un peu, je le suppose, vu que nous cheminons ensemble dans cette chronique depuis près de 20 ans maintenant (eh oui !), il y a une seconde raison pour laquelle j’estime que le ministre du commerce bancal Bélaïb doit absolument être rassuré, c’est celle-là : nous ne diabolisons pas les emprunts Si Bakhti. Non ! Ce sont les… emprunteurs que nous diabolisons. Mais si ! Mais si ! Vous savez bien monsieur le ministre, les emprunteurs ! Ceux qui, des années durant, en vérité du plus loin que je me souvienne, nous jurent que tout va bien, que demain ou au plus tard après-demain, la fin de la dépendance aux hydrocarbures nous amènera droit vers la prospérité et la joie de vivre, qui jurent que le pays a des réserves de quoi faire vivre la planète entière, voire même les populations en voie d’être découvertes par la NASA sur mars, mais qui, ensuite, avec un sourire Colgate large comme les trous dans les routes de Amar Ghoul viennent nous susurrer qu’il se «pourrait-bien-wakila-peut-être-c’est-possible» que nous soyons obligés d’aller emprunter en Chine et ailleurs. Voilà ce que nous diabolisons. Cette race d’emprunteurs qui, finalement, et sans même caricaturer, gère le pays de la manière suivante : puiser dans les caisses remplies par le pétrole et le gaz, dépenser sans compter, gaspiller sans raison, ne rien ou si peu investir dans l’après-or noir, puis s’en aller tendre la main pour y signer des reconnaissances de dettes au bas de lourdes ardoises. Ceux-là, Si Bakhti, non seulement nous les diabolisons, mais en plus nous les vomissons. Pour une raison toute simple, au final. Nous les vomissons parce qu’ils font… commerce avec notre patience. Un commerce qui a une durée de vie plus courte qu’on ne le pense. Et dont le registre de commerce peut être résilié à tout moment par l’armée des fourmis excédées. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.