11 Octobre 2015

L’histoire extraordinaire du vieux grizzli que plus
personne n’écoutait, sauf un alligator centenaire !

Par Hakim Laâlam
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Un avion d’Air Algérie à destination d’Alger dérouté après
qu’un passager eut affirmé être en possession d’une
bombe. Quoi ?
Rebrab serait déjà de retour ?
Attention ! Ne croyez surtout pas que ça a été facile. Pour que Abdekka reconnaisse enfin la crise, et sa consœur, la situation dramatique du pays, il a fallu tout un tralala. D’abord, son cercle proche a dû lui ramener les deux, à domicile, à Zéralda. Et la crise et la situation dramatique ! Ensuite, un cercle encore plus proche a placé la crise et la situation dramatique de l’Algérie bien en face du fauteuil présidentiel. Et puis, cet étrange aréopage a attendu. Une réaction ! De longues minutes. Des heures interminables. La crise a toussoté un peu. La situation dramatique du pays s’est plainte de lourdeurs aux jambes dues à la station debout. Mais lui, le Raïs bien-aimé est resté imperturbable. Rien ne bougeait en lui, même pas l’alligator sur le polo Lacoste. D’ailleurs, il me faudra un jour résoudre cette énigme. Sur les vêtements, chaussures et sacs Lacoste, c’est un alligator ou un crocodile qui est stylisé ? Je sais que ce n’est pas le sujet du jour, mais la question me taraude. J’ai un pote, un bon ami qui pourra sûrement me tuyauter là-dessus, précisément. Revenons au vieux grizzli assis sans expression face à la crise et à la situation dramatique de l’Algérie réunies. «Que faire pour provoquer chez lui, en lui, une réaction ?» Se disent en chœur les gens de son cercle proche. Même si des gens proches du cercle proche jurent sous le manteau qu’aucun de ceux se revendiquant du cercle plus proche n’a un cœur. Qu’à la place de cet organe vital a été greffée une machine à calculer Casio de dernière génération. Mais là aussi, le cœur, dans ce pays qui semble avoir perdu la raison, n’est pas le sujet du jour. Le sujet du jour, c’est comment, à quel moment le Président chéri a enfin reconnu les deux entités posées aux pieds de son fauteuil non roulant ? Des témoins ont affirmé qu’il a enfin tendu le doigt vers la crise, d’abord, ensuite vers la situation dramatique et il aurait parlé, et seulement parlé. Qu’a dit Abdekka, alors ? Mais non il n’a pas prononcé le mot «maison». M’enfin ! On n’est pas dans E.T ! Quoi que ! Quand je revois cette scène, la crise et la situation dramatique de l’Algérie livrées poings et pieds liés à un vieux grizzli que seul un vieil alligator écoute encore, je me demande si le royaume d’E.T n’est pas loin. Mais bon, il a parlé. Ne me demandez surtout pas ce qu’il a dit. On m’a assuré qu’il était impossible de ramener à Zéralda un traducteur spécialisé en langage alligator. Il paraît que c’est la crise et la situation dramatique du pays conjuguées qui nous privent d’un auxiliaire pourtant précieux. Un traducteur de l’alligator vers l’arabe. Contentons-nous juste de cette info : Abdekka a, semble-t-il, enfin reconnu deux fléaux. En attendant que l’année prochaine, la réforme imminente de l’éducation impose l’enseignement de la langue alligator dès le primaire, je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.