Justice ! Désormais, selon la gravité croissante des
faits, les criminels risquent la perpétuité, la peine
de mort ou la peine maximale :
Un pèlerinage à La Mecque ! Les Chinois repartent ! Les travailleurs chinois rentrent chez eux ! Je suis sous le choc. Et je me dirige de ce pas vers mon armoire. Quel rapport entre mon armoire et le départ des travailleurs chinois ? Je vous explique. En français ! Parce qu’en chinois, ça risque de prendre trop de place. Dans mon armoire, je range mon appareil photo. Et je tiens, avant le départ des ouvriers chinois, à prendre The Cliché ! La photo ! Essoura ! Eh oui ! Depuis le temps qu’ils sont chez nous, en Algérie, j’aurais dû le faire plus tôt. D’où l’urgence à rattraper le coup aujourd’hui, avant que ce ne soit définitivement foutu ! Prendre une photo du travail, ça ne se rate pas. C’est un cliché qui vaudra son pesant d’or une fois les Chinois rentrés en Chine. Tu t’imagines en train d’expliquer à un enfant né après le départ du dernier Chinois les vertus du travail, comme ça, sans document à l’appui ? Non, bien sûr. Il faut un support pédagogique. Sinon, c’est l’échec scolaire assuré : «Bonjour ! Je suis votre prof d’éducation civique et aujourd’hui, nous allons aborder la leçon portant sur le travail et ses bienfaits.» A tous les coups, les élèves prendraient leur maître pour un illuminé, un ch’tarbé leur parlant d’un OVNI ou d’un truc dont il aurait été le seul à avoir rêvé. Par contre, avec une photo, les enfants comprendraient aussitôt. On comprend vite lorsqu’on a sous les yeux le cliché d’un ouvrier chinois monté sur un échafaudage à 7 heures du matin, le dimanche ou, mieux, un vendredi, entre 13 heures et 14 heures 30, un horaire normal partout sur la terre, sauf en Algérie où dans cette tranche de temps, on assiste à un phénomène de masse unique au monde : l’entrée en catalepsie de près de 40 millions de personnes. Assurément, il faut que je prenne une photo d’un «frère» chinois en action. Mais en même temps, on est lundi. Lundi matin. J’ai veillé tard hier soir. Un film. Fast and Furious 21. Et là, je regarde, je soupèse, je mesure la distance qui sépare mon lit de l’armoire où est rangé mon appareil photo. C’est loin. Très loin. Je vais donc essayer de me coucher plus tôt ce soir. Et demain, peut-être, aurai-je le courage de la prendre, ma photo d’un Chinois au travail.
En attendant, sous la couette, je fume du thé et je reste éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L. |