Jean-Louis Bianco, le représentant spécial des relations
algéro-françaises, est à Alger. Rabbi Yestar ! Je me
demande qui va encore être mis…
… à la retraite ou limogé ! Alors ? ça va là ? T’as plus aucun obstacle devant ton immense œuvre de construction d’une Algérie rêvée ? Y a plus personne, surtout en vareuse militaire sur lequel tu pourrais essuyer ton couteau ? Les peaux de banane qui, paraît-il, jonchaient ton parcours dès le saut du lit ont toutes été débarrassées ? Donc, tu te mets enfin au boulot. Tu nous sors de ce merdier, n’est-ce pas ? Remarque ! Se mettre au boulot au bout de quatre mandats de cinq ans chacun, ça serait le minimum, hein ? Toutes les clés de la boutique sont devant ton fauteuil. Ou plus précisément au pied de ton fauteuil. Et ne me dis surtout pas qu’il t’en manque des clés, parce que l’ensemble des serruriers obséquieux de la République vont illico presto te confectionner des doubles, voire des triples. Alors ? Au boulot, quoi ! On ne va tout de même pas passer ce 5e mandat à inspecter les coins et recoins pour y dénicher quelque ennemi tapi, quelque képi oublié derrière les fagots de bois. Mais puisque je te dis que tout est nickel ! Tu commences par quel dossier ? Ben oui ! Des dossiers, des chantiers, des œuvres à mener, quoi ! Mais si, tu sais bien. Les machins que tu affirmais jusque-là ne pas pouvoir accomplir parce que fortement gêné par les odeurs de cigare. Là, l’air est pur, n’est-ce pas ? Le ciel dégagé. Pas l’ombre d’une fumée suspecte. Pas trace de cendres. Pas un grain de sable vicieux. Eh ! Oh ! Tu vas le bouger ton fauteuil ? Mais puisque je te dis que plus personne n’est là pour t’embêter et te mettre des bâtons dans les rayons de roues. Au lieu de te remettre au travail, ou plutôt de t’y mettre enfin, toi, tu regardes derrière. Ah ! D’accord ! Je n’avais pas vu qui poussait le siège. Et avec quelle vigueur, quel entrain il le pousse ! Mon Dieu ! Doucement ! Doucement la poussette ! Ce n’est pas parce que le dernier obstacle à la succession immonde vient d’être levé qu’il faut pousser dans le dos aussi fort, aussi vite. M’enfin ! C’est dans le gouffre qu’il va finir, ce fauteuil ! Quelqu’un peut dire au forcené qui pousse le siège qu’il va finir par le balancer dans le précipice ? Personne ? Y a donc plus personne pour dire stop ? Oh ! Ben puisque c’est comme ça, moi aussi, je m’en tape ! Et du fauteuil. Et de celui qui est dedans. Et de celui qui pousse. C’est le… cadet de mes soucis. J’ai déjà fort à faire avec mon thé que je fume pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
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