Officiellement, l’Algérie a pêché tout son quota de thon
pour 2015. Faux !
Hammadache et Chemsou
sont toujours en liberté !Oui, je sais que vous allez me rétorquer qu’il faut arrêter avec ça, que l’Occident et la France en particulier en sont revenus de cette vision-là, mais c’est plus fort que moi. Ces militaires qui ont maîtrisé le «forcené terroriste présumé» du train Thalys reliant les Pays-Bas à la France sont devenus, l’espace d’un drame, des héros, des mecs magnifiques de courage et de bravoure, tellement que le bon François va les recevoir en guest-star au Palais avec tout le toutim clinquant qui accompagne ce genre de glorifications. Les blonds héros. Et dire que lorsque de méchants militaires algériens, des bruns aux traits burinés de brutes épaisses réglaient leurs comptes à des tangos de l’engeance de celui qui a semé la terreur sur le Thalys, ils étaient traités par la France et les socialos en tête, la famille du bon François, de «junte militaire ayant pris le pouvoir brutalement et commettant quotidiennement des exactions contre les rebelles et combattants islamistes». Encore une fois, je sais bien que nous sommes en 2015, qu’il faut évoluer avec son époque, qu’il faut savoir tourner les pages, surtout les tourmentées, mais la dichotomie profondément injuste entre leurs blonds héros et nos bruns bourreaux me gêne en ce qu’elle renforce en moi l’idée des «civilisations graduées». Un acte héroïque sur une ligne de chemins de fer française devient une boucherie, un carnage commis par des militaires avides de sang et de pouvoir dans un maquis de l’est algérien, ou, plus proche de nous, sur une base vie pétrolière du fin fond de notre désert. Combien de bidasses algériens ont sauvé combien de villages reculés du pays Algérie, au prix de leurs vies, et ont été quand même salis par les salons parisiens et la gauche caviar – je n’ose reprendre la terminologie du FN en évoquant ici l’UMPS – qui les traitaient alors allègrement de brigades, d’escadrons de la mort ? Combien de jeunes officiers des services de renseignement ont-ils infiltré les groupes terroristes, sont arrivés à signaler leurs positions à l’état-major, ont refusé de se faire exfiltrer de là de peur d’éveiller des soupçons auprès des barbus qui auraient «bougé» levé le camp, et ont préféré se sacrifier sous le déluge de feu des forces armées algériennes, des leurs ? Leurs blonds héros. Nos bruns bouchers. Alors, oui, mille fois oui, il paraît qu’il faut savoir aujourd’hui passer à autre chose, que nos cousins gaulois et leur grande et civilisée famille occidentale ont enfin compris. Je voudrais bien oublier. Mais je n’y arrive pas. Trop de soldats bruns de mon armée sont morts et trop de blonds à la tête bien faite ont souillé leurs tombes. Trop ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue. H. L. |