Lundi 06 Juillet 2015

J’y suis, j’y reste, et même après !
Par Hakim Laâlam
Email : [email protected]
Que m’inspire le fait que le Tunisien Béji Caïd Essebsi, 89
ans, présente ses vœux à l’Algérien Abdekka, 80 ans à
l’occasion du 5 Juillet ? Le besoin urgent de faire contrôler
ma…
… Prostate !
Le raidissement est un phénomène physique que les médecins urgentistes connaissent bien. Et redoutent ! Des amis toubibs qui y ont été confrontés au cours de leur carrière me racontent des épisodes édifiants, voire effrayants. Appelés sur le numéro d’urgence des secours, ils arrivent dans une maison où de vieilles personnes sont hélas déjà passées de vie à trépas. Mais le plus dur, me précisent-ils, dans ce genre d’interventions ce n’est pas tant le constat de décès et la paperasse. Ça, ça se règle. Il existe des formulaires types, avec des rubriques style «nom, prénom, âge du défunt, cause et heure du décès». Non ! Le plus pénible, c’est le raidissement de certaines personnes âgées. La rigidité du corps. Elle peut être énorme. Et parfois, il faut plus d’une escouade de pompiers pour arriver à dégripper le mort de son lit ou de sa chaise. Sur un lit, passe encore. Les malheureux vieillards n’ont généralement pas le temps de s’agripper aux montants dans leur dernier souffle. Par contre, sur un fauteuil, c’est la croix et la bannière que d’arriver à desserrer leurs doigts des accoudoirs. Tous les urgentistes vous le confirmeront. Il faut réussir à rompre l’emprise sans briser les doigts trop raides. Parce que sinon, si des phalanges sont cassées lorsqu’on tente de libérer la chaise de son occupant, il faut alors reprendre le sacré formulaire de constat de mission. Et y rajouter à la rubrique «Divers» la mention «doigts de la main brisés post-mortem». C’est embêtant, parce que ça implique un double travail administratif dont les médecins urgentistes et aussi les pompiers ne sont pas spécialement friands. Eux tiennent à rester sur leurs missions spécifiques. Et le raidissement, la rigidité extrême de certains corps les oblige à travailler in situ, dans le lieu même du décès sur la dépouille afin de lui donner un semblant d’apparence normale et pouvoir ainsi la sortir, l’évacuer sans choquer les badauds et la famille du mort. Ainsi, me racontent mes amis toubibs, certaines victimes meurent dans la position assise. Bloquées dans un angle à 90 degrés. Les secours, dans un souci pratique d’abord, ensuite de dignité due à la personne, font tout leur possible pour remettre la dépouille dans une position horizontale, plus ou moins à 180 degrés. Et là, tout comme avec les doigts agrippés aux accoudoirs du fauteuil, il faut faire attention, dans cette tentative de mise à plat, à ne pas briser des cervicales ou carrément une colonne vertébrale. Voilà ! Je vois que vous avez compris ! Parce que, sinon, il faudrait alors, là encore, refaire les formulaires, et les médecins y passeraient l’éternité. L’éternité ! Mon Dieu ! Alors qu’il y a tant d’autres urgences dans ce pays ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.