Il paraît que des enquêtes sur les étrangers travaillant de
manière illégale en Algérie sont en cours. Moi, je n’y croirait
vraiment que lorsqu’ils feront tomber la plus dangereuse
des filières.
La marocaine ! Allez Tata Louisa ! Encore un effort ! T’y es presque ! Je te jure que tu vas finir par les prononcer ces prénom et nom. J’ai écouté ce que tu as dit au comité central de ton parti, et si ça avait duré cinq minutes de plus, juste cinq minuscules minutes en rab, tu aurais fini par les dire, les sortir de ta glotte meurtrie, mais enfin libérée. Juste un prénom. Juste un nom : Abdelaziz. Bouteflika. Tu vois ! C’est quoi finalement balancer dans un micro un nom, un prénom ? Rien ! Mais je ne désespère pas de t’y voir venir bientôt. Parce que j’ai déjà vu dans tes yeux cette flamme de colère crépiter de tout son désappointement de braise. Mais, et tous les psychothérapeutes te le diront ma Tata adorée, nommer les choses, leur donner une identité, un pedigree, c’est déjà une forme de guérison. Et le clan tel qu’il a organisé en près de 17 ans de règne de la «Famiglia» la mainmise sur le pays et ses richesses a un nom et un prénom. Peut-être assis, aujourd’hui plus fatigué, moins sortable, moins mobile, mais les fondamentaux, le nom et le prénom, l’identité, restent, n’ont pas changé : Bouteflika. Abdelaziz. Il suffit juste de fermer un peu les yeux, ou de les plisser car je te sais fière et incapable de fermer les yeux sur l’état de ce pays, de prendre une grande bouffée d’air et de dire la source du délitement de l’Algérie, de sa livraison, tous frais de ports et d’aéroports compris, à la rapine nationale et internationale. Tu n’en es plus très loin de cette délivrance. Je te suivrais à la trace dans les prochains jours. Car je sais ta colère grandissante, immense et débordante. Ne lui manque que l’expurgation. L’éjectage salvateur des mots-poison. Dire le mal pour s’en débarrasser comme un exorcisme. Couper le cordon pour qu’il n’entraîne pas avec lui dans les puits sales de l’oubli, dans les dédales humides où ne croupissent que les pickpockets-faussaires dérobeurs de chapitres d’Histoire qu’ils remplacent par leurs historiettes frelatées. Vas-y ma Tata ! Encore un effort ! Un prénom. Un nom. Un clan. Un système. Désigner. Pour ne pas avoir à se frotter fort ensuite la peau afin d’en ôter les stigmates dégueulasses, les scories des compagnonnages incertains. Un nom. Un prénom. Les dire, c’est déjà tracer le sentier vers la page tournée de ces presque vingt ans d’un pays pris en otage. Ta voix compte ma Tata. Car pardessus tout, au-delà de toutes les erreurs, personne n’a autant de vérité furieuse nichée au fond de ses prunelles. Allez ! Encore un p’tit chouia d’efforts. Tu y es presque. Regarde ! Pour t’aider, je fume du thé et je reste éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L. |