Algérie ! Le seul pays au monde où, dans les rues, sous
vos yeux blasés, des…… Statues se trimballent seules,
vadrouillent, sans but précis ! J’en suis arrivé à cette conclusion. N’en… concluez pas en lisant ce qui va suivre que je déprime. Non ! C’est juste que sagement, calmement, je me suis résigné à cette conclusion : demain, on rendrait publique une photo en gros plan, nette, sans flou, datée et spatialisée de Saâdani mangeant dans sa cuisine de Neuilly, qu’il n’y aurait rien au bout. Il se défendrait en jurant que c’est un coup de la main de l’étranger, aidée de quelques doigts locaux, et qu’en vérité, c’est la stabilité du FLN et de l’Algérie que l’on vise à travers lui. Même chose pour Chakib Khelil. Toutes les preuves seraient mises sous le nez bouché de certains magistrats, on le filmerait en train de raconter comment il s’en est mis jusqu’aux fouilles, comment il s’est beurrée la tartine et le reste jusqu’à en casser le couteau à beurre, que rien, rien de chez rien. Ce ne sont là que deux exemples que je cite pour illustrer. En fait, le système en est arrivé à une sorte de capacité d’auto-immunisation que même mis à nu, même dévoilé, il peut continuer à fonctionner sans être inquiété. La voie légale, celle de la justice, n’est plus une garantie de changement de cet état de fait. Elle ne concerne que les fusibles, les disjoncteurs secondaires, jamais le compteur principal. La rue qui gronde et qui déborde peut bousculer cet équilibre de la rente mafieuse. Pas la loi ni les règles civilisées et rationnelles de recours. 72 heures sont passées après la divulgation «extra-muros» de faits graves autour d’un marché de vente d’hélicoptères italiens à l’Algérie, et rien ! Pas un magistrat qui se soit décroisé les bras, allongé la main vers un stylo pour rédiger une auto-saisine. Walou ! Au-dessus de nos têtes, dans l’air que nous respirons, le régime a installé un compartiment d’impunité qui le libère de la règle fondamentale dans toute démocratie, devoir rendre des comptes. Le Palais et ses dépendances principales ne rendent pas de comptes. Les dépendances secondaires, voire tertiaires ou quelques alcôves délabrées, rendues quasi inutiles ou trop lourdes à gérer, peuvent être « cédées » par le système, lâchées, lourdées brutalement, rendues à la vie légale, livrées aux juges. Jamais la bâtisse centrale ! D’où ma conclusion certes amère mais qu’il faut se garder encore une fois de considérer chez moi comme une forme de déprime : la bâtisse centrale ne peut s’aérer, se ventiler, voire se faire vraiment secouer par des moyens conventionnels. Quand on a admis cela, qu’on l’a intériorisé une bonne fois pour toutes, on peut alors plus sereinement… fumer du thé et rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L. |