Biométrique. Les nouveaux passeports seront délivrés en
moins de dix jours et équipés de…
… Viber !
Purée ! C’est le branle-bas-de-combat ! Tout le monde est sur le pont pour savoir où se trouve la future Constitution. Sur le bureau de Abdekka ? Sur celui de Bensalah ? Sur celui de Ould Khelifa ? Dans la boîte aux lettres parisienne de Saâdani ? A chaque détour de rumeur, une voix autorisée vous jurera, entre deux refrains plagiés de Didi, savoir où se trouve exactement la mouture finalisée un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout de la Constitution. Moi, je ne sais pas ! Oui, je sais que c’est terrible à reconnaître. Tu passes pour un ignare. Voire même un ringard. Comment ! Tu ne sais pas localiser le document ? Quelle buse ! Buse peut-être, mais je suis trop fatigué pour spéculer sur la géolocalisation de la future Constitution. De vous à moi, je peux vous l’avouer maintenant, je m’en fous un peu de savoir sur quel bureau trône ce texte «fondamental». J’éprouve même une sorte de délicieuse indolence à ne pas le savoir. Une langueur apaisante pour mes vieux os. Et je découvre stupéfait que le soleil d’Algérie n’en brille pas moins magnifiquement au-dessus de la tête de ceux qui ne savent pas où se niche la Constitution réformée. Des initiés, voulant sûrement en rajouter une couche à la honte que je suis censé ressentir, paraît-il, de ne pas être capable de savoir où se cache la Constitution, détaillent même le contenu de ce document. A croire qu’ils passent leurs nuits sous les bureaux qui comptent dans cette RADP. Forcément ! Quand tu jures que la future Constitution réintroduit le mandat limité, c’est que t’as couché ! Couché sous le bureau longtemps pour avoir ce détail. Je n’aime pas coucher. Ni sous les bureaux ni hors de mon lit ! C’est un problème d’habitudes. J’ai le sommeil léger. Et la moindre perturbation, le plus petit changement de matelas provoque des insomnies chez moi. Résultat, je ne découche jamais. Et donc, je ne sais pas ce que prévoit le nouveau texte. Bizarrement, je ne m’en sens pas plus coupable. Pourtant, j’essaie, en face de ma glace, de me convaincre que je passe à côté de l’essentiel, que je suis largué, que je vis dans une autre dimension. Ce genre de remords ne dure jamais longtemps chez moi. D’abord, parce que ça fait toujours peur à mes enfants de me voir debout, parlant à un miroir. Et ensuite, parce que je trouve qu’il est tout de même dommage de passer son temps face à une glace alors qu’il fait si beau dehors. Et donc, je sors ! Dehors, l’air est tellement meilleur. Meilleur que sous les bureaux qui comptent de la RADP. Et dehors, surtout, je peux, sans risquer d’incommoder mes gosses, fumer du thé et rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L. |