26 Mars 2015

A celle qui souffre seule !

Par Hakim Laâlam
Email :
[email protected]
Combien de temps a duré le tête-à-tête Abdekka-Mugabe ? Une heure et…
… des poussières. Beaucoup de poussière.
Un tas de poussière !

Pause en cette veille de week-end. Pause solidaire. L’envie profonde d’exprimer ici, en termes simples, ma compassion pour elle. Longtemps, tellement longtemps, personne ne lui a accordé le plus insignifiant des regards. Pourtant, elle a toujours été là. Sans prétention particulière. Sans même encombrer ni bouffer l’espace par sa suffisance. Juste là parce que son destin a toujours été d’être là. Comme un élément immuable d’un décor suranné. Comme une potiche que quelque décorateur désabusé aurait imaginée il y a longtemps, dessinée, puis glissée dans l’ensemble, puis oubliée. Les saisons ont passé depuis l’été des liesses et des cheveux défaits défilant aux vents encore frais de la liberté neuve. Dire que les saisons n’ont pas eu prise sur elle serait gentil, galant, mais faux. Les saisons l’ont marquée. Mais pas plus que d’autres. Les autres éléments du décor. Patine. Rides et ridules. Craquements dramatiques en quelques endroits. Mais elle est là, bien assise. Bien en équilibre. Mémoire gardienne qui a vu tellement d’hères défiler, sans broncher. On ne lui a jamais demandé de broncher, de s’exprimer. Ce n’était pas son rôle. ça n’a jamais été son rôle. Elle n’a pas été dessinée pour ça. Mais juste parce que l’esprit fou du décorateur a dérapé aux aurores naissantes. A laissé courir son crayon sur le Canson des ébauches de la Cité de demain. Où niche cette fabuleuse mémoire ? Lorsque je la vois, je me le demande et me le demande encore et encore. A la voir, je n’en reviens pas encore qu’elle m’ait vu naître et qu’elle me verra sûrement revenir aux prémices du monde. Certains l’ont bousculée. Déplacée. Outragée même en la couvrant d’affreuses voilures, d’atroces velours aux couleurs insipides ou violentes et empreints d’odeurs nauséabondes de fumée de cigarettes et de peur accumulées. Elle n’en a eu cure. Les velours, les voilures et les odeurs pestilentielles s’en sont allés écœurés eux aussi par son stoïcisme, sa pugnacité silencieuse. Elle est restée. Elle est là. Toujours là. Vide. Sans vrai poids sauf celui des fantômes qu’elle aurait dû envelopper, reposer. La chaise ! Cette chaise vide des tribunaux. Cette chaise sur laquelle doit être assis de force, la force de la loi, le principal accusé, le cerveau, le Malin en chef, l’instigateur premier, l’auteur des grands crimes commis contre ce pays. J’ai une pensée en ce jour de procès pour cette chaise tout en douleur de sa souffrance solitaire. Et je fume du thé pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
Nombre de lecture : 2452