| L’Algérie sans cerveau depuis quelques heures. Drôle d’impression… Allons-nous juste nous contenter d’appels à la solidarité avec le chroniqueur du Quotidien d’Oran et écrivain Kamel Daoud ? Allons-nous expédier les p’tits remords de salon avec un texte, que l’on soignera bien sûr, pour faire bien, et dans lequel on dira toute notre indignation (à prononcer avec les intonations de la Castafiore) face à la fatwa de mort dont est victime Kamel Daoud ? Des heures, de longues heures après l’appel au meurtre lancé par ce prédicateur de la haine dont je ne veux même pas salir mon espace avec l’encre infâme de son nom, je n’ai toujours pas entendu de bruissements significatifs du côté du palais. Du palais de justice, j’entends. Ce palais tellement Lucky Luke lorsqu’il s’agit de s’autosaisir contre les terribles tangos de la plume que nous sommes. Il ne sert à rien de roucouler à Kamel Daoud qu’il n’est pas seul. Désolé, jusqu’à preuve du contraire, il est seul. Et je suis d’autant plus écœuré devant cette solitude mortifère, que j’ai déjà observé, au bord de la nausée, la levée de boucliers contre l’écrivain, immédiatement après son sacre, oui son sacre en tant que finaliste au cordeau du Prix Goncourt. Des «historiques» de la littérature algérienne, des «gérants» d’enseignes littéraires miteuses et naphtalisées n’ont pas digéré ce petiot arrivé comme une bombe dans leur «commerce». Ils ont alors craché leur venin. Dans de grands journaux. Dans de grands journaux aussi, des universitaires au long cours, un cours tellement incertain que l’on en a oublié où il a pris sa source, sinon dans une vague biographie, lui sont tombés dessus à bras raccourcis. Petits bras ! La porte de la haine avait déjà été entrebâillée là. Car il ne s’agissait point de critique littéraire. Mais bien plutôt des vagissements de la maquerelle de la haine, la jalousie ! Aujourd’hui, un prédicateur prend le relais de ses rabatteurs et publie noir sur blanc le «CONTRAT» ! Oui, un contrat, car ce pays est parcouru d’assez de fous pour croire qu’il est du devoir divin d’exécuter la fatwa. Et Kamel Daoud, pour l’heure, est toujours seul. Il va porter plainte ? Il aurait dû être précédé dans cette action par les magistrats garants de l’ordre public et de l’intégrité physique des citoyens. Rien ! A son retour du Goncourt qu’il a si fort joliment tutoyé, il aurait dû être reçu par le pays. LE PAYS ! Pour bien moins littéraire comme performance, on a festoyé et convié des troubadours, parce qu’ils «troubadouraient» plutôt bien. Que dire alors d’un superbe écrivain en devenir, reconnu partout, sauf chez lui ? Dans cette contrée décidément malade de ses prédicateurs, des fatwas assassines et des contractuels de la littérature à l’«aigritude» surnageant mal, entre les glaçons et la gueule de bois. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L. |