La prouesse du FFS ? Vouloir nous convaincre que l’on
peut sauver l’Algérie grâce à une…… plage blanche ! Coup sur coup, deux personnalités du sérail, l’une un peu plus organiquement recyclable que l’autre, ont déclaré : «Il ne faut pas franchir les lignes rouges !» Amar Saâdani qui s’exprimait à propos du dialogue politique avec les autres partis et qui a tracé de sa belle main burinée et calleuse **— à force de taper sur ce que vous savez— la ligne rouge à ne jamais franchir, celle de la légitimité du mandat présidentiel de Abdekka. Et Nadia Labidi, ministre de la Culture en mode veille prolongée qui, au sujet du film de Lyes Salem El Wahrani, cède face aux intégrismes de la pensée en estimant que la ligne rouge sacrée des constantes nationales, entre autres l’intouchabilité du mythe figé et pétrifié du moudjahid qui ne doit pas boire d’alcool, qui ne doit pas manger à midi durant le Ramadhan, et qui ne doit pas péter quand il dort, cette ligne rouge ne doit pas être elle aussi franchie. Ce qui m’amène le plus normalement du monde à m’interroger sur le pouvoir de certains d’entre nous, qui étaient avec nous jusqu’à une période donnée puis, qui se sont élevés au-dessus de nous, bien au-dessus de nous, sous l’effet d’une gravitation au secret non encore élucidé au point de se voir attribuer un don unique et finalement fort envié : Maîtres du pinceau et du bidon de peinture ! C’est ce processus qui m’intéresse ! Comment des gens, d’apparence tout à fait normale, si l’on excepte le rictus inimitable de Si Amar, acquièrent «soudain tout à coup» le pouvoir de tracer des lignes rouges dont ils nous disent avec précision comment nous, en bas, tout en bas, devons circuler entre, louvoyer, zigzaguer, sans jamais les franchir. Abadan ! Toi, comme moi, nous pouvons nous amuser à aller chez le quincailler ou le marchand de couleurs acheter un pinceau, un bidon de laque rouge et commencer à tracer des lignes dans la rue. Au mieux, les gens viendront nous prendre contre leur poitrine, nous passer une main affectueuse sur le dos, puis, en douce, appeler les services sociaux de la mairie, section «malades mentaux». Au pis, l’appel n’a pas eu le temps d’être passé par les… passants et c’est les flics qui t’embarquent pour barbouillage intempestif et détérioration du matériel urbain. Par contre, Saâdani, Labidi et le reste de la secte du bidon et du pinceau tracent à longueur de journée des lignes rouges, en badigeonnent nos vies et notre calvaire à satiété, et rien ! Personne ne les embarque ! Au contraire, tout le monde fait attention où il met les pieds, évitant comme la peste de passer outre une ligne rouge. La fée Ripolin se serait-elle penchée sur le berceau de ces privilégiés du pinceau à leur naissance ? Le dieu Vinyle et son prophète Abou Lalak auraient-ils choisi, sur des critères que nous ne connaissons pas et que nous ne connaîtrons visiblement jamais, qui peut tracer une ligne rouge et qui ne le peut pas ? Je ne peux même plus répondre à cette question. Car depuis l’entame de la rédaction de cette chronique, il y a environ trente minutes, je me retrouve là, maintenant, à la dernière ligne, entouré, littéralement cerné par les… lignes rouges. C’est à peine si je peux vous murmurer de fumer du thé pour rester éveillés à ce cauchemar qui continue.
H. L. |