| Je suis bien, je suis zen ! C’est grave, docteur ? |
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Par Hakim Laâlam
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Sellal : «La baisse des prix du pétrole ne nous fait pas
peur !» Venant d’un spécialiste des… vannes, celle-là
vaut son pesant d’or… … noir ! La zen attitude par décret exécutif ! On y est ! Après le désormais cultissime «Rani M’lih», «je suis bien !» de Abdekka, voilà que le plus zen des Premiers ministres algériens applique les consignes du Président. Abdekka est bien, nous devons tous être très bien, bla djedna ! Soyez heureux, c’est un ordre ! Depuis que Sellal nous a enjoint fermement de nous sentir bien, de chasser les gros nuages noirs qui bouchent notre horizon, je me sens déjà beaucoup mieux. C’est comme ça, les miracles. Il suffit d’y croire très fort, et ça arrive. Il m’a demandé d’être bien, d’être vachement zen, et hop ! Ça y est ! Youplala ! Rien ne saurait me ramener à mon statut antérieur de grincheux rémunéré. Je pourrais voir la pire des catastrophes là, devant moi, que j’y trouverais quelque beauté, un attrait artistique certain, un motif à être encore mieux que mieux, plus bien que très bien ! Attention ! Moi, je suis un citoyen modèle, et lorsque le pays, par la voix joyeuse de l’un de ses plus hauts drilles, m’appelle au bonheur permanent, je n’y vais pas petits bras, je ne rechigne pas, je ne mégote pas, je ne marchande pas mon enthousiasme. J’aligne et je débite le bien-être en barres lourdes et longues. Faudrait m’arrêter, me menotter et surtout me bâillonner pour stopper l’expression violente et tapageuse de mon bonheur. Faudrait m’entraver, me couper la langue ou me lobotomiser la partie de mon cerveau qui produit l’endorphine pour freiner ma zen attitude. Je suis bien ! Je suis bien ! Je suis bien, ya bouguelb ! C’est ce que je n’arrête pas de me répéter le matin en me rasant, devant ma glace. Ma glace ! Parlons-en de ma glace. J’ai la chance inouïe d’avoir une glace dans ma salle de bains. Et à la réflexion, je trouve que nous ne sommes pas très nombreux à dire tout haut notre bonheur d’avoir une glace accrochée dans nos salles de bains. Pourquoi taire ce bonheur ? Pourquoi le calfeutrer dans cet espace humide où l’on fait sa toilette ? Mieux encore ! J’ai une salle de bains ! Et j’en pleurerais presque de joie de découvrir sur le tard maintenant seulement le bonheur inespéré d’avoir une salle de bains. Je vous avais prévenus ! Quand j’enclenche la boîte à bonheur, ça fuse de partout. Bien sûr que je ne vais pas non plus vous faire toutes les pièces de l’appartement. Mais, vous ai-je entretenu au moins de la joie que j’ai de fermer et d’ouvrir tous les jours la porte de chez moi, d’actionner la clé dans la serrure ? Non ! Et c’est une entorse au bonheur dont je me suis rendu gravement coupable en ne le faisant pas. Toute Algérienne et tout Algérien devrait avoir la poitrine gonflée de bonheur et la montrer, l’exhiber tellement c’est euphorisant d’ouvrir et de fermer la porte de son domicile. Peuple d’ingrats mécontents, population de grincheux professionnels, écoutez vos dirigeants qui vous somment d’être heureux. Ecoutez-les et, surtout, obéissez-leur, sinon, vous risquez la pire des sanctions, finir vos jours en fumant du thé pour rester éveillés à ce cauchemar qui continue.
H. L. |
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