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Discussion: La Fuite des Cerveaux

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    Post Médecins spécialistes_La saignée

    A la une Actualité_Fuite des cerveaux
    le 09.02.16 | 10h00
    Médecins spécialistes
    La saignée

    Des médecins formés en Algérie tiennent le haut de l’affiche des départs.
    Au tableau de l’Ordre des médecins en France, 21,94% sont d’origine algérienne.
    La saignée.jpg

    Beaucoup de médecins, formés en Algérie, voient leur avenir sous d’autres cieux.
    C’est l’une des conclusions de l’ouvrage intitulé De la fuite des cerveaux à
    la mobilité des compétences - Une vision du Maghreb, publié cette semaine par
    le Centre de recherche en études appliquées pour le développement (Cread)
    en collaboration avec le bureau d’Alger de l’Organisation internationale du travail (OIT)
    sous la houlette du sociologue et chercheur Mohamed Saïb Musette. Analyse d’un phénomène
    qui déleste le pays de ses compétences. Les médecins formés en Algérie tiennent le haut
    de l’affiche des départs. Le taux des médecins inscrits au tableau de l’Ordre des médecins
    en France est de 21,94%.
    «Ce ne sont pas tous les médecins en exercice qui sont inscrits
    au tableau de l’Ordre des médecins. Le taux de fuite est encore plus important si l’on inclut
    tous les médecins installés en France exerçant dans le secteur médical ou autre, il atteindrait
    presque 30%», est-il précisé dans l’étude en question. Les psychiatres algériens sont
    les premiers à répondre aux sirènes de l’Occident, avec un taux de 30% installés en France,
    suivis par les spécialistes en radiologie (15,55%), en ophtalmologie (13,10%)
    et en anesthésie-réanimation (12,96%).
    Les migrants algériens qualifiés représentent
    26% en moyenne des Algériens installés dans les pays de l’OCDE (soit un effectif
    de 267 799 personnes), dont 1,2% ont un PhD (plus haut niveau d’étude). Il est à noter
    une part grandissante de femmes qui choisissent de s’établir sous d’autres cieux.
    «La différence est réduite dans les proportions entre les hommes et les femmes, contrairement
    à ce qu’on observait dans les données des années 2000 (…). On constate aussi
    que 24,8% de femmes et 27% d’hommes ont un niveau d’études supérieur.

    Peu de différences existent entre les femmes et les hommes, avec une forte féminisation chez
    les jeunes. Ils sont en majorité en pleine maturité (classe d’âge 25-45 ans)», commente
    Mohamed Saïb Musette. Les Algériens qualifiés installés en Occident sont généralement
    bien lotis, si l’on en croit l’étude du Cread. Le niveau des rémunérations des compétences
    originaires d’Algérie varie entre 500 euros et 8000 euros et plus. Il apparaît ainsi que 35%
    des personnes perçoivent moins de 1500 euros, 25% entre 1500 et 2500 euros et puis 37%
    plus de 2500 euros. «Ils sont pour la plupart en activité, peut-on lire dans l’étude.

    Ils connaissent certes le chômage, mais nettement moins que ceux qui n’ont pas de
    formation universitaire. Ils occupent pour la plupart des postes d’emploi dans des professions
    libérales et intellectuelles. On observe aussi un niveau assez faible de ‘brain waste’
    soit à travers des emplois n’exigeant pas de niveau supérieur ou alors ils sont sous-employés
    avec une faible rémunération. Ce phénomène peut donner lieu à des ‘gains’ pour l’Algérie,
    d’une autre manière, à partir de la migration de retour, réelle ou virtuelle.»

    Parmi les raisons qui poussent les compétences au départ, le sociologue Mohamed Saïb Musette
    souligne un sentiment de marginalisation des élites algériennes. «Le référent de la réussite sociale
    et professionnelle, en dehors de l’accomplissement universitaire et scientifique, explique-t-il,
    a été floué dans ses références et ses valeurs, un segment des compétences (intellectuelles
    et professionnelles) se considère comme marginalisé et inutile. Le savoir et les diplômes ne
    seraient pas des critères objectifs et incontournables de l’ascension sociale et professionnelle.
    L’affairisme et le favoritisme seraient devenus les moyens reconnus et privilégiés.
    Les compétences vont donc tenter de s’accomplir et de s’épanouir ailleurs, notamment dans
    certains pays du Nord.»
    Très souvent, la cause du départ dépasse le cadre individuel et se détermine
    pour des considérations familiales et sociales. «En effet, précise M. Musette, des adultes,
    des jeunes, issus principalement de familles aisées, quittent le pays dès l’obtention du bac français.
    Ce phénomène s’est amplifié avec l’avènement des écoles privées et l’ouverture des lycées français
    en Algérie. Des instituts et des écoles supérieures privées sont ouverts principalement à Alger,
    affiliés à des établissements similaires étrangers. Les enfants d’expatriés algériens ne rejoignent pas
    le pays après la fin de leur cursus universitaire ou à la sortie d’une grande école.»
    Le phénomène est néanmoins à relativiser.
    Si la fuite des cerveaux s’accélère partout dans le Maghreb,
    avec un taux de croissance de 57%, elle tend à se stabiliser dans notre pays.
    «Nous avons calculé le taux de ‘‘brain drain’’ des Algériens dans les pays de l’OCDE.
    Il représentait 6,6% en 2012 (population âgée de 15 ans et plus). Il faut souligner qu’il a été
    de 17% dans les années 1970 et de 8,6% dans les années 2000 (pour les plus de 25 ans).
    L’ampleur de ce phénomène reste abstraite», peut-on lire dans l’excellent ouvrage du Cread.

    Amel Blidi
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  2. #2
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    Post Les départs massifs vers l’étranger sont le meilleur ...

    A la une/Actualité_Rabeh Sebaa
    le 14.03.16 | 11h47 | mis à jour le 14.03.16 | 13h03

    "Les départs massifs vers l’étranger sont le meilleur indice de
    la mise à l’écart délibérée des compétences"


    Dans cet entretien accordé à ElWatan.com, Rabeh Sebaa,
    professeur d’anthropologie culturelle et linguistique, sociologue-essayiste analyse
    que dans notre pays« la compétence ne s’accommode pas des entorses
    qu’impose le recours à la maarifa (favoritisme) et à la corruption »
    et c'est pour cela que sa place est « scandaleusement marginale »…


    268 000 cadres algériens sont déjà installés ailleurs. Quelle est justement la place
    de la compétence dans notre pays?
    Scandaleusement marginale. Car elle
    ne s’accommode pas des entorses qu’impose le recours à la maarifa et à
    la corruption. Et c’est précisément pour ces raisons qu’il n’est que rarement fait appel
    à des profils de compétence, perçus comme des gêneurs ou des empêcheurs de tourner
    en ronde autour des prébendes. Dans la mesure où souvent la compétence se conjugue
    avec un minima de déontologie et d’éthique. C'est-à-dire les deux ennemis jurés de
    la marifa et la corruption. Les départ massifs vers l’étranger, qui se sont accélérés
    ces dernières années, sont le meilleurs indice de la mise à l’écart délibérée et de plus
    en plus généralisée des compétences nationales dans tous les domaines.

    Pouvez-vous nous dire à quel point est répandue la "Maarfia" dans notre pays qui est
    en opposition avec la compétence?
    La notion de maarifa ou de aarf, qui signifie littéralement
    connaissance, fait partie intégrante, au moins depuis quatre décennies, du champ sémantique
    sociétal algérien. Si aux premières années de l’ indépendance les notions de frères
    et de sœurs, y compris dans les discours officiels, ont longtemps prévalu, elles ont été
    progressivement remplacées par la notion de maarifa et de aarf qui ont connu une généralisation
    impressionnante. Cette généralisation est consécutive au délitement des fondements
    institutionnels du lien social. Qui n’a jamais trouvé ses voies et moyens de consolidation.
    Le caractère ou la dimension nationale de la maarifa est la mesure indicielle de
    la déliquescence des institutions de socialisation et de régulation à l’échelle de toute la société algérienne.

    D'où nous vient la culture ou la dé-culture de la maarifa?
    Forme altérée du beniâamisme, littéralement cousinisme ou cousinage, fondée originellement
    sur le lignage et les rapports de sang, la maarifa s’est élargie à d’autres groupes sociaux,
    dépassant les bornes de la parenté ou de la proximité. Limitée au départ aux sphères
    d’échanges de la quotidienneté, elle s’est progressivement élargie aux espaces institutionnels
    où elle constitue, à présent, une balise incontournable. Même pour des opérations ou des actes
    qui ne nécessitent pas forcément un recours à la maarifa. Y recourir est devenu un trait mental.

    N'y a-t-il pas un certain tribalisme dans notre façon de penser d'où cette tendance incroyable
    à tout faire surtout pour le travail pour passer par la "maarifa?"

    Rappelez-vous la rapide résurgence de la notion de aarouch, qui a vite supplanté la notion
    de société civile ou d’opposition dans les événements de Bejaia. Ou encore les tentatives
    de tribalisation du drame ghardaoui. Il existe donc un fond de tribalité rampante prêt à rebondir.
    Cette dernière a été utilisée même pour des élections ou des représentations nationales
    à tous les niveaux. Dans ce cas de figure l’appartenance tribale se confond avec la maarifa.
    Le fils de la tribu devient un aarf. Et l’adage consacré est invariablement
    « El aarf khir men talef » qui signifie le connu est préférable à l’inconnu. Quand elle est chargée
    de négativité, la maarifa devient synonyme de piston ou de passe droit. Pour ceux qui
    n’y accèdent pas. Mais pour ceux qui en bénéficient, elle dans l’ordre des choses, elle est de
    l ordre du naturel. Même aux yeux de la société aider un parent ou un proche à trouver un travail
    ou à être recruté, même s il ne possède pas le profil de ce poste, est choses « normale »
    la normalité ici fait office d’accoutumance.

    Comme vous l'avez cité plus haut, Maarifa et corruption: Y a-t-il un lien entre les deux?
    La corruption s’est greffée sur la maarifa avant de la supplanter. A telle enseigne que aarf
    est devenu synonyme implicite de corrompu. Il existe à présent un jumelage serré entre maarifa
    et corruption. Une démocratisation effrénée de la corruption, qui a gagné même les petites
    prestations ou des services minimes, tels que les imprimés administratifs qui s’acquièrent chez
    le buraliste du coin, lui-même aarf de l’agent qui vous le recommande. Cette corruption fondée
    sur la maarifa fait écho à une corruption d’Etat (Autoroute, Sonatrach….) devenue l’archétype
    sociétal de la rapine officielle. Cette banalisation de la corruption d’Etat a libéré la corruption
    ordinaire en la confortant. Dans l’imaginaire collectif, la corruption ordinaire est moindre mal,
    voire un petit mal qui fait du bien au jour le jour, comparée à la corruption d’Etat qui ruine
    l’économie nationale et qui ne connait plus de limites. La société algérienne, est, de toute
    évidence, partie prenante dans la consécration du couple marifa-corruption,
    par son insoutenabledéficit d’indignation.

    Propos recueillis par Hamida Mechaï





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