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    Post Des violences sociales aux violences scolaires

    A la une/Actualité_Yazid Haddar. Neuropsychologue et formateur dans le nord de la France
    publié le 22.01.16 | 10h00

    Des violences sociales aux violences scolaires

    «Penser, c’est refuser, c’est dire non, c’est penser
    contre les autres et surtout contre soi»
    (Jean D’Ormesson)


    La violence à l’école est l’un des problèmes les plus inquiétants dans notre pays,
    car il s’agit d’un lieu de savoir-vivre, de vivre-ensemble, de savoir-être et d’apprentissage pour nos futurs
    citoyens. Ceci dit, expliquer la violence scolaire uniquement par les événements politiques, par l’absence
    de l’autorité de la loi, par les mutations sociales et/ou par la perte de valeurs morales, religieuses ou
    traditionnelles d’autrefois me semble réducteur pour comprendre le phénomène. Car il s’agit bel
    et bien d’un phénomène assez complexe pour le réduire à quelques facteurs.

    Quelques précisions s’imposent pour ne pas s’emmêler les pinceaux ! Il est important de dissocier
    les différentes sources de violence, car la violence émanant d’un trouble «dys», qui est d’origine
    neuro-développementale (selon le DSM 5), créerait des difficultés de compréhension,
    et en conséquence on assiste à l’expression violente (verbale ou physique) de la part d’un écolier,
    qui n’est pas la même qu’une violence qui émane d’une maltraitance (violences physiques,
    attouchements sexuels, etc.), d’où l’importance d’identifier les différents types de violences quelle
    que soit leur origine. Je me limiterai ici à quatre sources de violence dans notre société avant d’aborder
    la question de la violence dans le milieu scolaire : il s’agit de la violence de transmission,
    la violence religieuse et la mutation sociale, et enfin j’aborde la violence suite au trouble d’apprentissage.

    Concernant les violences de transmission, il s’agit des ruptures brutales intergénérationnelles qui
    s’achèvent généralement dans la violence. Dans notre histoire, on constate malheureusement que
    les transmissions des pouvoirs se faisaient entre les générations par des ruptures violentes, sans envisager
    une transmission dans le cadre du respect des lois républicaines. Ces ruptures violentes renforceraient
    le sentiment d’instabilité. En outre, elles consolideraient les attitudes paranoïaques telles que
    les idées de complots ; de ce fait, l’atmosphère sociale serait dominée par l’instabilité politique,
    et en conséquence la société s’insécuriserait et s’autonomiserait de la politique.

    Le respect des lois républicaines a comme premier objectif d’assurer une continuité
    (stabilité politique dans le cadre d’une alternance) des institutions afin de sécuriser les citoyens.
    Quand les citoyens ne sont pas sécurisés, c’est-à-dire en l’absence d’éthique dans l’exercice politique,
    cela les rendrait méfiants du politique, ainsi le citoyen se protégerait par lui-même. Désormais,
    la violence serait l’expression sociale «légitimée» pour assurer la survie du citoyen ! C’est le cas,
    malheureusement, de plusieurs pays arabes touchés par la vague du «printemps arabe»,
    où les institutions de l’Etat sont soit inexistantes (comme la Libye),soit fragilisées par des
    pratiques népotiques.
    Quant à la violence religieuse, elle n’est pas spécifique à notre pays,
    c’est la résultante de l’absence de l’esprit critique dans son dogme (historique) et l’absence de
    l’épistémologie dans son interprétation, c’est-à-dire l’absence des études de manière critique,
    la méthode scientifique, les formes logiques et modes d’inférence utilisés en science théologique,
    de même que les principes, concepts fondamentaux, théories et résultats des diverses sciences,
    afin de déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée objective.

    La religion, telle qu’elle est représentée et interprétée dans notre société, ne bénéficie pas des
    évolutions scientifiques modernes en sciences humaines ; elle reste dans une vision et une
    interprétation littéraliste et/ou traditionaliste. Tous les travaux des grands penseurs modernes,
    comme Arkoun ou autres, essayent d’attirer notre attention afin que
    l’on s’éveille et ne de pas rester sous la tutelle de la pensée du Moyen-Âge.

    Il est important de souligner que sur le plan psychologique, les personnes sans esprit critique
    sont plus fragiles et influençables par les idées extrémistes, quelle que soit leur nature : religieuse,
    nationaliste, etc. Leurs nouvelles recrues sont incapables de remettre en question leurs idées ainsi
    que celles des autres. En conséquence, cette violence est l’expression des idées prédominantes dans
    les dogmes fanatiques. Quand ces idées trouvent des terrains fertiles et propices, leur propagation
    s’impose comme seul modèle d’opposition, car la démocratie, à leurs yeux, est fragilisée par son
    incertitude (le doute) et par son ouverture à l’autre (qui est représenté dans le dogme fanatique
    comme le danger à abattre !).
    La société algérienne est en pleine mutation, comme tout autre société,
    ce qui nécessite des nouvelles adaptations dans l’interaction (et intra-action) au sein de la famille,
    mais également à d’autres niveaux de socialisation et la conception des valeurs. L’accélération des
    nouveaux phénomènes, comme le divorce, secouent les codes sociaux traditionnels, car la femme ne
    veut plus être le seul bouc émissaire de la défaillance du fonctionnement de la cellule familiale.
    La femme ne veut plus être victime dans notre société, mais actrice de son propre développement,
    c’est une évolution tout à fait légitime. Cependant, cette mutation sociale se heurte à une vision
    traditionaliste de la société suivie par une culpabilisation pour les femmes qui n’ont

    pas respecté les codes culturels et sociaux de la société.
    Comme je l’ai souligné plus haut, la pensée religieuse puise son dogme dans un registre traditionaliste,
    qui fait tirer vers le bas le citoyen, et la pensée nationaliste puise ses idéologies dans les
    traditions dominantes et l’histoire «mythifiée» reste en déconnexion de la réalité sociale.
    Néanmoins, la société espère à une évolution vers plus d’indépendance
    et d’autonomie (l’individualisation) qui est le cœur de la pensée moderne.

    L’exemple de l’enfant né hors mariage (acte civil) illustre la situation l’état civil a été fait par
    des hommes afin de faciliter à l’individu de s’inscrire dans la citoyenneté, avec des droits et des
    devoirs et non pas pour un croyant, entre le légal et l’illégal. Implicitement, cette fuite en avant engendre
    une forme de violence que l’individu encaisse comme une faute et un péché qu’il n’a pas commis ;
    de plus, il est privé de ses droits les plus élémentaires. Ce dysfonctionnement crée des défaillances
    affectives et des souffrances psychologiques chez l’individu, qui peut les exprimer par la violence quand
    toutes les portes de la communication sont closes. Nous ne pouvons pas incriminer la société parce
    qu’elle est en mutation, mais nous devrions intégrer que les codes sociaux
    évoluent et ils doivent s’adapter à celles-ci.

    Que faire l’école ?
    L’école a un rôle déterminant pour instruire le futur citoyen et une société nouvelle et non pas
    pour préserver une société actuelle et/ou de faire renaître une société «authentique» ! Partant de ce
    principe, ainsi que de la psychologie de développement, l’école devrait être réfléchie dans la continuité
    d’un projet de société en respectant le rythme de développement de l’élève. Il serait plus propice d’enseigner,
    par exemple, l’histoire et non pas la mémoire, car la mémoire est transmise dans les
    œuvres artistiques (films, livres, témoignages, documentaires, conférences, etc.)
    et par la mémoire collective entre les générations ; ainsi, la mémoire est subjective et l’enseignement
    de l’histoire est objectif.
    Car l’histoire, comme science humaine, intègre les règles épistémologiques dans
    sa démarche de recherche et d’écriture. Ainsi, l’idéalisation de l’histoire nationale et les personnalités nationales
    rendent la tâche de l’enseignement des faits historiques complexe. A ce jour, aucun texte dans les
    programmes scolaires ne remet en question «les ouvertures islamiques» en Afrique du Nord, ni sur
    la période ottomane, ni sur les diverses négociations entre les différentes régions en Algérie pendant
    la colonisation française, ni sur la chrétienté algérienne ou de sa judaïté, ni sur les différents événements
    historiques régionaux, etc.
    Certes, ces idéologies sont justifiées par l’idée d’une nation unique et unie ;
    cependant, doit-on rappeler que l’unicité est une fédération de diverses unités nationales ? A vrai dire,
    n’ayons pas peur de la diversité nationale, car c’est le seul rempart de l’unité nationale.
    Nous sommes plus unis que lorsque les diversités sont reconnues comme une richesse et non pas comme
    une menace. Et l’école peut jouer un rôle déterminant dans la transmission d’une histoire nationale démystifiée
    et surtout qui s’inscrit dans une évolution humanisée et non pas guerrière.

    Afin de construire une société tolérante, l’école a un rôle important à jouer. Car l’exercice de la tolérance
    commence dans la famille et à l’école ; cependant, cette dernière pourrait lui apporter les arguments théoriques
    pour l’immuniser des idéologies mortifères. La tolérance est la capacité d’accepter les points de vue
    d’autrui même s’ils diffèrent des nôtres. Elle s’apprend en construisant par étapes un sens de l’empathie,
    associant émotions et raison. Si ce processus est enrayé dans l’enfance, la pensée dogmatique
    s’imprime durablement dans les neurones. La majorité des théoriciens considèrent que ce sens de
    l’autre se construit en plusieurs étapes et associe des processus affectifs et cognitifs.

    Ainsi, intégrer le point de vue d’autrui nécessite de combiner deux formes d’empathie
    une forme émotionnelle (ressentir les émotions d’autrui), c’est une période qui dure entre 1 à 4 ans,
    c’est le partage des émotions (quand on pleure devant un bébé, il pleure aussi) ; et une forme cognitive,
    qui est l’aptitude à appréhender les croyances et désirs d’autrui ; puis, à partir de cette base,
    à imaginer ses intentions et anticiper ses comportements, et c’est à partir de l’âge de 4 ans que l’enfant
    pourrait développer cette forme d’empathie qui nécessite d’intégrer un grand nombre d’informations,
    comme le caractère de l’autre, ses conditions de vie, ses particularités culturelles, etc.

    A partir de 9 ans, ces deux capacités, émotionnelle et cognitive, s’articulent. grâce à la maturation
    cérébrale, l’enfant peut alors intégrer d’autres points de vue que le sien si l’environnement l’y incite.
    Cette étape est celle qui permet à l’enfant d’adopter intentionnellement le point de vue d’autrui.
    Cette attitude réintroduit la dimension émotionnelle, mais différemment du premier stade.
    Il s’agit en effet d’adapter de façon attentionnelle le point de vue d’autrui, à la fois émotionnel
    et cognitif, en se décentrant de son propre point de vue.
    Selon certains chercheurs en neurosciences,
    si le processus est entravé à ce moment par une vision du monde dogmatique, le cerveau peine à accéder
    à la tolérance. C’est là où l’école pourrait jouer un rôle déterminant en proposant des textes adaptés
    et tolérants en montrant les diversités culturelles et ouvertes à l’autre. L’initiation à l’esprit critique joue
    son rôle déterminant au cours des ces âges ; désormais, le choix des textes est décisif dans l’orientation
    du projet de société que nous souhaitons et en respectant leur âge de développement me semble
    la clé de la réussite, de la sérénité et de l’avenir de notre pays.

    Pour mieux comprendre l’esprit critique, essayons de profiter des derniers résultats des neurosciences.
    Notre cerveau dispose de deux modes de pensée : un mode automatique faisant appel à des croyances,
    des habitudes ou des opinions, et un mode logique basé sur le raisonnement. Le mode logique
    et rationnel procède par déductions, inférences et comparaisons.

    Il est, bien souvent, lent et difficile d’accès. Cependant, la pensée heuristique (automatique),
    qui repose sur des croyances, des habitudes, opinions, stéréotypes, des idées reçues depuis tout petit,
    est facile d’accès. Pour accéder à une pensée logique (libre) et méthodique, nous devons bloquer
    le mode automatique et activer le mode raisonnement(1). Le programme pédagogique n’est pas
    uniquement d’apprendre à lire, écrire et compter, mais surtout apprendre à raisonner.
    Et apprendre à mieux raisonner, c’est apprendre à bien résister.

    Les troubles d’apprentissage !
    Quand on parle de difficultés scolaires ou des élèves qui ont besoin d’un suivi spécifique dans
    le système scolaire, il est important de les situer dans trois catégories :

    Catégorie (1) : des difficultés de type «déficitaire» d’origine neurologique, développemental,
    etc. Tout ce qui est relatif à un déficit neuro-développemental : déficience intellectuelle, autisme,
    TED, troubles psychiatriques, etc.
    Catégorie (2) : des difficultés de type «apprentissage», qui n’est pas
    causé par une déficience intellectuelle ni par un déficit sensoriel (acuité visuelle ou auditive),
    un manque d’encadrement scolaire, une carence de motivation ou des conditions
    socio-économiques défavorisées. Un trouble d’apprentissage correspond donc à une atteinte affectant
    une ou plusieurs fonctions neuropsychologiques, ce qui perturbe l’acquisition, la compréhension,
    l’utilisation et le traitement de l’information verbale ou non verbale (dyslexie, dysgraphie, dysphasie,
    dyspraxie, agnosie, troubles attentionnels avec ou sans troubles d’attention (TDAH). D’après la dernière
    classification du DSM 5, ces troubles sont classés dans la catégorie des troubles neuro-développementaux.

    Catégorie (3) : des difficultés de type «désavantage», qui peuvent toucher les élèves qui vivent
    dans des conditions socioculturelles défavorables, qui perturbent les capacités d’intégration scolaire,
    d’apprentissage, etc. C’est-à-dire que ce sont des enfants qui ne peuvent pas être intégrés dans les
    deux premières catégories.
    Les violences scolaires sont différentes d’un niveau à un autre, car chaque
    catégorie nécessite un accompagnement spécifique ; mettre tous les élèves au même niveau et aux
    mêmes besoins, c’est créer un déséquilibre au sein de la classe entre le haut niveau et celui en difficulté
    scolaire rendrait la tâche de l’enseignant très délicate ; désormais,
    les violences deviennent l’expression de l’élève et de l’enseignant.

    Il est important pour les enseignants, les pédagogues, les chercheurs en sciences humaines,
    les psychologues, le corps médical et paramédical, les journalistes, etc., de soulever l’urgence de
    remédier à cette violence qui touche l’ensemble des institutions et des populations de notre pays.
    La création d’un observatoire autonome, qui regroupe l’ensemble des professionnels afin de mieux
    cerner le fonctionnement et l’émergence de la violence dans notre société,
    avec des publications périodiques,me semble d’une utilité vitale.
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    Post L’enfance évolue dans une société malsaine

    PLUS QUE JAMAIS CIBLÉE
    L’enfance évolue dans une société malsaine

    Une avancée importante qu’est la protection de l’enfance prévue par le projet
    de révision de la Constitution, selon Mustapha Khiati, président de la
    Fondation nationale pour la promotion de la santé et de la recherche scientifique
    (Forem). Pourtant, une solution en aval ne suffit pas à solutionner les problèmes
    de fond en amont.
    Naouel Boukir - Alger (Le Soir) - Constitutionnaliser la protection
    de l’enfance contre toutes formes de violences qui sont susceptibles d’être commises
    à son égard, est «certainement» une avancée. Surtout que cela a toujours fait l’objet
    des revendications de la société civile, a souligné M. Khiati. Un autre argument est que
    «l’enfant n’est plus en sécurité» dans notre société. D’où l’urgence de le protéger
    justement. En effet, cette situation particulièrement sensible, si ce n’est qu’elle est
    dramatique, est retracée par plusieurs indicateurs «même s’ils sont loin de la réalité»,
    a-t-il précisé. 10 000 cas de violences avérées ont été déclarés en 2015. Il n’empêche
    que le président de la Forem, outre la société civile, experts et sociologues, juge que ces
    statistiques ne constituent que «la tête de l’iceberg ». Et les chiffres réels devraient
    avoisiner voire dépasser les 50 000 cas, selon lui. Un énorme fossé demeure entre ce
    qui se passe et ce qui est recensé, a-t-il ajouté. Rappelant que des tabous subsistent
    encore s’agissant des déclarations, particulièrement dans les zones rurales ou reculées.
    Revenant sur le fond de l’article sur la protection de l’enfance prévu par la loi fondamentale,
    M. Khiati a apprécié sa rédaction le trouvant «perspicace», puisque cette responsabilité à
    l’égard de l’enfant doit être assumée et par la famille, la société et l’Etat par ses institutions.
    Ceci en rajoutant, que suite à la promulgation de la nouvelle Constitution, c’est l’ensemble
    du dispositif législatif qui devra être revu pour «une remise à niveau» afin de l’adapter
    davantage aux besoins de la société. Tabac, alcool et drogue devront également être
    «assimilés » à des violences contre l’enfance puisque leur consommation a atteint des
    proportions alarmantes même au sein des écoles primaires et collèges, a-til confirmé.
    Ceci en s’appuyant sur ses récentes statistiques en la matière révélant que 14% des
    collégiens ont consommé au moins une fois des produits stupéfiants. Toutefois, ce chiffre
    devra être relativisé puisque ce n’est, évidemment, pas l’ensemble des concernés qui se sont
    «déclarés». Par ailleurs, le président de la Forem a tenté d’expliquer le pourquoi du comment
    de la société qui sombre sensiblement dans les violences aujourd’hui. Car, selon lui, les années 90
    ne justifient pas tout. Il y a lieu de prendre en ligne de compte d’autres facteurs. L’injustice sociale
    liée à l’emploi et au logement, l’exode rural et l’éclatement de la famille qui s’en est suivi,
    puis la constitution de cités anonymes où l’autre est rejeté. Un tout qui a conduit à
    «une société anonyme» selon ses observations. Néanmoins, restant relativement optimiste,
    M. Khiat a indiqué que «ce n’est jamais trop tard pour agir» si chacun y met du sien.
    Signifiant paradoxalement que ce fléau, rassemblant toutes les formes de violence, s’amplifie.

    N. B
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