-
Re : Histoire du Rugby
Homme de Légende : . Keith Wood dit Woodie, le talonneur au coup de pied magique

Keith Wood, légende du rugby irlandais et talonneur pas comme les autres. Nous vous dévoilons l'un des plus beaux coup de pied réalisé par un joueur de première ligne. Keith Wood, c'est 58 sélections avec le XV du Trèfle (33 fois capitaine), 5 avec les Lions, un crâne chauve connu d'entre tous et le premier joueur de l'histoire à recevoir le trophée IRB de meilleur joueur (en 2001).
Keith Wood, c'est le Fighting Spirit, un talonneur capable de mettre quatre essais dans le même match ou de se transformer en schtroumpf devant les caméras. Et donc, de taper des coups de pied à rendre jaloux Ronan O'Gara.
En 2002, les Blacks reçoivent l'Irlande à Dunedin (15-6, score final). Les Néo-Z héritent d'une touche dans le camp adverse. Mark Hammett est au lancer mais se fait contrer par Paul O'Connell, qui dévie la balle sur Peter Stringer. Le demi de mêlée des Verts joue extérieur dans l'espoir que l'un de ses coéquipiers dégage son camp. Manque de bol, Stringer ne trouve que son talonneur.
Manque de bol, vraiment ? Wood ne se démonte pas et tape un long coup de pied (55 mètres !) à la précision parfaite qui rebondit juste devant la ligne de touche, à dix mètres de l'en-but All Black. Encore plus beau que le drop de Matt Dunning puisque ce dernier n'était pas vraiment fait exprès... Découvrez la magnifique touche trouvée par Keith Wood :
Depuis que la terre est ovale, même coincés au fin fond du regroupement le plus confus, certains rugbymen ont l'art de monopoliser l'attention. A cause d'un rien: un détail vestimentaire ou une particularité physique. A preuve le docteur Mias et son casque Latecoère, son confrère laborantin JPR Williams et ses rouflaquettes victoriennes, Jean-Pierre Rives à la blonde chevelure de «secrétaire» (dixit ses détracteurs), ou encore le fermier highlander John Jeffrey, au poil prématurément blanchi tel un rescapé du maelström décrit par Edgar Allan Poe.
Keith Gerard Mallinson Wood, dit Woodie, recordman mondial du nombre d'essais (quatre) marqués en match international (contre les Etats-Unis) par un talonneur, fait lui aussi partie de ce club très fermé. «Normal, tempère-t-il, je suis complètement chauve, il est donc facile de me repérer sur le terrain.» Une explication rationnelle qui ne justifie pas entièrement son exceptionnelle popularité. Son compère de première ligne, le géant John Hayes, n'exhibe-t-il pas un crâne tout aussi rasé sans posséder pour autant le dixième du charisme de son capitaine?
La grande force de Keith Wood, personnage décidément peu ordinaire, c'est avant tout, pour reprendre une formule de Derek Douglas du Glasgow Herald, chroniqueur de la fameuse tournée des Lions britanniques de 1997 en Afrique du Sud, ce «mélange d'agressivité illimitée et d'ingénuité désarmante» qui l'habite, pendant et après le match. Ce qui lui a permis, par exemple, au terme d'une partie âprement disputée (et remportée) contre les Springboks, d'obliger son coach, Ian McLaughlan, parieur déconfit, à passer à son tour, de mauvaise grâce il est vrai, sous la tondeuse.

Atavisme. Car Keith Wood est ainsi: entier, joueur, passionné. «Quand je pénètre sur un terrain, a-t-il coutume de répéter, c'est animé par une unique motivation: le plaisir.» Conséquence, bientôt trentenaire (il est né à Limerick le 27 janvier 1972), l'ancien élève du collège Saint Munchins, considéré en Irlande comme une véritable crèche du rugby, continue de «s'éclater» (c'est son propre terme) comme s'il avait encore dix-huit ans.
En fait Keith Wood, qui aurait pu aussi bien finir nageur de compétition ou s'imposer dans le football gaélique, est devenu rugbyman par atavisme. Son père, Gordon, ex-international de water-polo disparu alors qu'il venait de fêter son dixième anniversaire, ayant porté vingt-neuf fois le maillot vert frappé du trèfle et deux fois celui des Lions britanniques au poste de pilier.
Pourtant, benjamin d'une famille de sept enfants, Keith Wood s'est intéressé au rugby sur le tard, à dix-sept ans, parce que, de son propre aveu, il se considérait «trop chétif» pour pratiquer ce jeu. Il a d'ailleurs débuté comme numéro neuf, passant ensuite à l'ouverture, avant de se décider enfin à aller voir d'un peu plus près ce qui se tramait au coeur des féroces mêlées.
Remplaçant à vingt ans, il honore sa première sélection deux ans plus tard face à l'Australie. C'est donc en titulaire qu'il aborde la Coupe du monde 1995, contre le Japon, premier adversaire des Irlandais. Las, au bout de neuf minutes, la compétition est pour lui terminée. La saison aussi. Gravement blessé à l'épaule, il va rester éloigné des terrains pendant une année. D'autres se seraient résignés ou découragés. Pas lui, qui préfère alors se remettre humblement en question: «La vie était devenue trop facile, je me croyais indestructible. J'ai payé plein tarif mon insouciance et compris que si je voulais revenir dans le rugby, il me fallait franchir un palier.»
Pour ce faire, il va donc signer, en 1996 aux Harlequins londoniens, l'ennemi héréditaire, où il côtoie les frenchies exilés: Thierry Lacroix, Laurent Bénezech et Laurent Cabannes, ce dernier avouant particulièrement apprécier celui qu'il qualifie de «plus latin des Irlandais».
Star londonienne et mondiale.
C'est le début d'une curieuse histoire d'amour entre la capitale du Royaume-Uni et Keith Wood qui court les concerts de Lou Reed, Bob Dylan et Mark Knopfler («J'adore la musique des années 60-70.»), et qui, surtout, ayant renoué avec toute sa motivation passée, retrouve non seulement le maillot de l'Irlande mais se voit offrir, en bonus, le capitanat de l'équipe.
Rien désormais ne se mettra plus en travers de son ascension vers la célébrité. Ni cette seconde blessure à l'épaule contractée contre la France à Dublin, en janvier 1997, ni cette dégradation passagère l'année suivante (Paddy Johns reprenant alors ses galons), pour s'être élevé contre la fédération irlandaise à cause d'une sombre histoire de droits d'image.
Un conflit désormais dépassé.
Aujourd'hui Keith Wood est une star. «Le meilleur talonneur du monde», selon l'entraîneur australien Bob Dwyer et son alter ego sud-africain Nick Mallet. Un première ligne capable de passer un drop goal avec les Harlequins ou de réussir un cadrage débordement face au centre gallois Scott Gibbs pendant le Tournoi 1999 à Wembley.
Un garçon simple et chaleureux aussi, qui se prête volontiers à l'exercice du «Touch Wood», jeu purement «irish» inventé par ses concitoyens de Limerick et consistant à toucher le crâne du divin chauve dès lors que l'on a l'occasion de croiser celui-ci.
Une sorte d'extension populaire du traditionnel bisou d'avant-match de Laurent Blanc à Fabien Barthez. Ce cérémonial ne manquant pas, par ailleurs, d'embarrasser quelque peu l'intéressé qui reconnaît vivre mal parfois sa notoriété:
«Heureusement, j'ai un comportement plus professionnel qu'avant, et j'ai appris à me reconcentrer lorsque c'est nécessaire.»
Règles de messages
- Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
- Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
- Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
- Vous ne pouvez pas modifier vos messages
-
Règles du forum