- Introduction
Que soit louangé Allah
Introduction à la Méditation
dont La Puissance est incommensurable; illusion et intelligence sont dans l'incapacité de se frayer un chemin à Sa Majesté. Il laisse les coeurs de Ses solliciteurs, troublés et interdits dans le désert étendu de Son Orgueil.
Chaque fois qu'ils s'agitent pour se saisir de l'objet de leur désir, la magnificence de La Majesté les repousse, mais lorsque désespérés, ils songent à rebrousser chemin, l'on les appelle de derrière les pavillons de la Beauté: Patience, patience.
Promenez votre intellect plutôt dans l'état de servitude [ 'Ubûdiyya ] qui est le vôtre, car à réfléchir sur la splendeur de la Seigneurie, vous serez incapables de l'apprécier. Et si, au--delà de la réflexion sur vos attributs, vous aspirez à autre chose, contemplez alors les bienfaits et les faveurs du Très-Haut, voyez comment ils se succèdent sur vous et qu'à chaque bienfait qui vous touche, renouveliez rappel et reconnaissance.
Méditez sur les océans des destinées, voyez comment ils déversent sur les univers bien et mal, utile et nuisible, facilité et difficulté, succès et échec, réconfort et désenchantement, pliement et dévoilement, foi et impiété, reconnaissance et déni.
Si vous passez outre les Actes pour contempler l'Etre, vous vous essayerez à une action détestable et vous vous exposerez à dépasser injustement les limites humaines; les raisons se sont essoufflées sans même atteindre les rives de Sa lumière et contraintes et subjuguées, sont revenues sur leurs pas.
Que la prière soit sur Muhammad, qui bien que maître des enfants d'Adam, n'en tira aucunement gloire, une prière qui sera pour nous, dans les cours de la Résurrection, provision, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons qui, dans le firmament de la religion, sont des pleines lunes et pour les Musulmans des maîtres ! qu'Allah
les salue d'une salutation abondante.
Le Livre d'Allah
Le Très-Haut, incite beaucoup à la méditation, à tirer des leçons et à la réflexion. Il va sans dire que la pensée est la clé des lumières et l'origine de l'inspiration. Elle est le filet à sciences, connaissances et intelligence. Et si la plupart des gens reconnaissent son mérite et son rang, ils en ignorent pas moins son principe, son fruit, sa source, son cours, son champ d'action, sa voie et son mode de fonctionnement. Ils méconnaissent comment méditer ? Sur quoi méditer ? Pourquoi méditer ? Quelle finalité se donne la méditation ? Celle-ci se conçoit-elle pour elle--même ou pour quelque fruit utile ?
Si la fin est un fruit à récolter, qu'est-ce ce fruit ? Procède-t-il des sciences, des états ou des deux à la fois ? Lever le voile sur tout cela est chose importante. Si Allahle Très-Haut le veut, nous mentionnerons en premier le mérite de la méditation, puis sa vérité et son aboutissement et enfin ses cours et ses champs.
Les Mérites de la MéditationDans Son Livre Inattaquable, Allah Le Très-Haut, a ordonné, dans un nombre de passages incalculable, de réfléchir et de méditer. Il a même fait l'éloge de ceux qui s'adonnent à la méditation. Le Très-Haut a dit:
{ Ceux qui pensent à Allah debout, assis ou sur leurs côtés, et qui méditent sur la création des cieux et de la terre « Notre Seigneur ! Tu n'as point créé cela en vain. Gloire à Toi! Garde-nous du châtiment du Feu. }[ Sourate 3 - Verset 191 ]
Ibn 'Abbâs - qu'Allah soit satisfait du père et du fils - a dit :
« A des gens qui méditèrent sur Allah le Puissant, le Majestueux, l'Envoyé d'Allah dit: " Méditez sur la création d'Allah et ne méditez pas sur Allah car vous ne l'apprécierez pas à sa juste valeur. "
'Atâ a, pour sa part, dit :
« Je me rendis un jour en compagnie de 'Abîd Ibn 'Umayr auprès d'Aïcha - qu'Allah l'agrée -. Elle s'entretint avec nous de derrière un rideau. Elle dit :
- Ô 'Ubayd ! Qu'est-ce qui t'empêche de nous rendre visite ? Il dit : « C'est cette parole de l'Envoyé d'Allah : « Rends visite de temps en temps, tu n'en seras que plus aimé. »
- Informe-nous de ce que tu as vu de plus merveilleux chez l'Envoyé d'Allah , dit Ibn'Umayr.
Celui-ci dit:
Tout ce qu'il faisait était merveilleux, dit-elle en pleurant. Durant une nuit qui m'était consacrée, il vint auprès de moi et fut si proche que sa peau toucha la mienne, puis il dit : « Laisse-moi rendre culte à mon Seigneur Puissant et Majestueux ». Il se leva et alla vers la gourde d'où il puisa de l'eau pour effectuer ses petites ablutions. Après quoi, il accomplit la prière et pleura au point de mouiller sa barbe. Quand il se prosterna, il mouilla le sol. Puis, il s'allongea sur le côté jusqu'au moment où Bilâl vint lui annoncer l'imminence de la prière du matin.
- Ô Envoyé d'Allah ! Qu'est-ce qui te fait pleurer alors qu'Allah a pardonné tes fautes antérieures et ultérieures ?
- Ô Bilâl ! Et comment ne pas pleurer alors qu'Allah le Très-Haut a descendu sur moi cette nuit:
{ II y a certes dans la création des cieux et de la terre, et dans l'alternance de la nuit et du jour, des signes évidents pour les doués d'intelligence }[ Sourate 3 - Verset 190 ]
Ensuite, il a dit: "Malheur" à celui qui lit ce verset sans le méditer.
Il a été dit à Al-Awzâ'î : Quelle est le but de la méditation sur ces passages ? - Il s'agit de les lire et de les saisir,a-t-il répondu. »
D'après Muhammad Ibn Wâsi , un homme de Bassora s'est rendu, sur sa monture, auprès d'Umm Dharr, c'était après la mort d'Abû Dharr . Il l'interrogea sur la manière dont Abû Dharr pratiquait son culte d'Allah. Elle répondit:«Il passait sa journée, assis dans un coin de la maison, à méditer. »
Al-Hasan Al-Basrî a dit: «Méditer pendant une heure est meilleur que prier une nuit durant sans coeur. » Et selon Al-Fudayl : «La pensée est un miroir qui te renvoie tes bonnes et mauvaises actions. » Il a été dit à Ibrâhîm :
- Ta méditation est longue.
- La réflexion est la moelle de la raison, a-t-il répondu ». Sufyân Ibn 'Uyayna avait l'habitude de citer ces vers :
« L'homme réfléchi,Tâwus a dit: «Les apôtres ont dit àIssa (Jésus) , fils de Mariam (Marie) :
De tout puise un enseignement. »« La pensée est une lumière qui pénètre les coeurs »
- Ô Esprit d'Allah ! Y a-t-il aujourd'hui sur terre quelqu'un qui vous est semblable ?
- Bien sûr ! Celui dont la parole est rappel, le silence réflexion et le regard enseignement. Celui-là m'est semblable. »
Al-Hasan a dit: « Est inutile toute parole qui n'est pas sage. Est dissipation tout silence qui n'est pas méditation. Est pure distraction tout regard qui n'est pas considération. »
Allah dit:
{ J'écarterai de Mes signes ceux qui, sans raison, s'enflent d'orgueil sur terre. Même s'ils voyaient tous les miracles, ils n'y croiraient pas. Et s'ils voient le bon sentier, ils ne le prennent pas comme sentier. Mais s'ils voient le sentier de l'erreur, ils le prennent comme sentier. C'est qu'en vérité ils traitent de mensonges Nos preuves et ils ne leur accordaient aucune attention. }[ Sourate 7 -Verset 146 ]
Selon Abû Sa'îd Al-Khudrî :
« l'Envoyé d'Allah a dit:
« Accordez à vos yeux leur part de dévotion. - Ô Envoyé d'Allah ! Quelle est leur part de dévotion ?
- Regarder le Coran, le méditer et tirer des enseignements de ses merveilles.»
Une femme qui habitait la proche campagne de La Mecque a dit :
« Si les coeurs des pieux découvraient par la pensée le bien qui leur est réservé dans la vie dernière, ceux-ci ne trouveraient plus goût à la vie ni ne pourraient s'y réjouir. »
Luqman avait pour habitude de demeurer longtemps seul. Quand son maître passait devant lui, il lui disait:
- Ô Luqman ! Tu demeures trop longtemps seul. Si tu te joignais aux gens, ceux-ci te tiendraient compagnie.
- Persévérer - répondait-il - dans l'esseulement est propice à la méditation et là constance dans celle-ci dirige vers le chemin du Paradis. »
Wahb Ibn Munabbih a dit: « Jamais homme ne prolonge sa méditation sans s'instruire, et jamais homme ne s'instruit sans traduire son savoir en actes »`Umar Ibn 'Abd Al-'Azîz a dit:« Méditer les bienfaits d'Allah Puissant et Majestueux est la meilleure des adorations. »
Le voyant un jour noyé dans le silence, absorbé qu'il était dans la méditation, 'Abdallâh Ibn Al-Mubârak dit à Sahl Ibn 'Alî :
- Jusqu'où t'a porté ta méditation ? - Au pont jeté sur l'Enfer ( Sirât ) ». Bichr a dit:«Si les gens réfléchissaient sur la Grandeur d'Allah, jamais ils ne désobéiraient à Allah Puissant et Majestueux».
Ibn 'Abbâs a dit:
« Deux rak'ât (deux unités de prière) brèves et réfléchies valent mieux qu'une nuit de prières accomplies sans la présence du coeur. »
Tandis qu'il marchait, Abû Charîh s'arrêta quelque temps, et s'enveloppant de son vêtement il s'assit et se mit à pleurer. Il lui fut dit:
- Qu'est-ce qui te fait pleurer ?
- J'ai médité sur ma vie qui va s'égrenant, pensé à l'insuffisance de mes oeuvres et à l'approche de mon terme ».
Abû Sulaymân a dit:
Il a dit encore : « Penser au monde ici-bas voile la vie dernière; c'est aussi une punition pour les alliés d'Allah (Ahl AI-Wilâya). Penser accroît la crainte. »
« Habituez vos yeux aux larmes et vos coeurs à la méditation ».
Ibn 'Abbâs a dit : « Méditer sur le bien incite à l'accomplir et éprouver du regret quant au mal perpétré exhorte à y renoncer. »
Allah Le Très-Haut a dit dans un de Ses Livres( l’Ancien Testament ) : «Je n'accepte pas la parole d'un sage, mais Je regarde plutôt son souci et sa passion. Si ceux-ci Me sont consacrés, Je transforme son silence en méditation, et sa parole en louange, quand bien même il ne dirait rien. »
Al-Hasan a dit: «Les gens doués de raison n'ont cessé d'alterner rappel et méditation, méditation et rappel jusqu'à ce que leurs coeurs, interpellés par eux, distillèrent de la sagesse. »
Ishâq Ibn Khalaf a dit: «Dâwud At-Tâî - qu'Allah l'ait dans Sa miséricorde - se trouvait une nuit éclairée par la lune, sur le toit de sa maison.
Il méditait sur le Royaume des cieux et de la terre. Il ne cessait de regarder le ciel et de pleurer jusqu'à tomber chez son voisin attenant. Celui-ci sauta de son lit, une épée à la main, s'imaginant avoir à faire à un voleur. Quand il vit Dâwud, il revint sur ses pas, reposa son épée et lui dit:
- Qui t'a fait tomber du toit ?Al-Junayd a dit: « Les assemblées les plus nobles et les plus éminentes, sont celles où l'ons'abandonne à la méditation dans l'Unicité, où l'on inhale le souffle de la connaissance, où l'on boit avec le verre de l'amitié de l'eau de l'océan de l'affection et où l'on se fait une bonne pensée d'Allah Puissant et Majestueux. » Puis il dit: « Il n’y a rien de plus majestueux que ces assemblées ni de plus savoureux que ce breuvage. Heureux celui qui reçoit ce don. »
- Je suis tombé sans m'en rendre compte. »
Ach-Châfi'î a dit:
«Aidez-vous à la parole par le silence et à la déduction par la réflexion. »
Il a dit aussi:
«La justesse du regard jeté sur les affaires délivre de la prétention. La résolution dans l'opinion met à l'abri de la négligence et du regret. Discernement et méditation révèlent détermination et perspicacité. La consultation des sages raffermit l'esprit et confère force à la clairvoyance. Réfléchis donc avant de décider, médite avant d'attaquer et demande conseil avant de te risquer ».
Il a dit aussi: Les vertus sont au nombre de 4 :
- La première:la sagesse, celle-ci reposant sur la méditation.
- La deuxième:la chasteté, celle-ci s'appuyant sur le désir.
- La troisième :la force, celle-ci se maintenant par la colère.
- La quatrième : la justice, celle-ci se fondant sur l'équilibre des forces de l'âme.
La réalité de la pensée et de la méditation1 . Qu'est-ce que la réflexion ?
Sache que la réflexion consiste en la présence simultanée, dans le coeur, de deux genres de connaissances, celles-ci devant à leur tour en générer une troisième. C'est l'exemple de celui qui penche vers le monde immédiat et le privilégie, mais qui voudrait savoir s'il vaut mieux lui préférer la vie dernière. Se présentent à celui-là deux alternatives.
- La première : Il entend autrui dire que la vie ultime est préférable au monde qui est le nôtre. Il l'imite alors et lui fait confiance sans discerner par lui-même la réalité de l'affaire. Il se tourne, dès lors, entièrement vers la vie dernière, sur la seule foi de la parole entendue par lui. Ceci est appelé imitation et non connaissance.
- La seconde : c'est de savoir, d'abord, que le durable est meilleur et préférable, puis que la vie dernière est éternelle. De ces deux connaissances, résulte une troisième, c'est que la vie dernière est préférable. Cette connaissance procède nécessairement des deux premières.
Rendre présentes, dans le coeur, les deux premières connaissances afin de parvenir à la troisième, s'appelle méditation(Tafakkur), réflexion (I'tibâr), rappel (Tadhakkur), contemplation (Ta'ammul) et discernement (Tadabbur). Discernement (Tadabbur), contemplation (Ta'ammul) et méditation (Tafakkur) sont des termes synonymes.
2 - Rappel (Tadhakkur) et réflexion (I'tibâr) :
Ces deux termes ne recouvrent pas les mêmes significations, nonobstant la communauté de leur signifié. Il en est ainsi du Sârim(sabre tranchant), MulTannad(sabre fait d'un excellent acier en provenance de l'Inde) et Sayf (épée)qui s'appliquent à un même objet, mais avec des nuances. Ainsi, Sârim indique que l'épée est tranchante. Muhannad indique son origine. Sayf réfère, de façon absolue, à l'épée sans notifier les qualités qui sont les siennes.
Il en est de même del'i'tibâr(réflexion) qui se rapporte au fait de rendre présent les deux premières connaissances (sus-mentionnées) pour s'acheminer vers la troisième connaissance. Si le passage vers cette dernière ne se fait pas, l'on demeure dans le rappel (Tadhakkur). Quant à la méditation (Tafakkur ou Nazar), elle est quête de la troisième connaissance. Ainsi, celui qui n'aspire pas à cette connaissance n'est pas appelé Méditant (Nâzir). Tout méditant(Mutafakkir) est un rappelant (Mutadhakkir), mais tout rappelant n'est pas nécessairement un méditant. L'intérêt du rappel (Tidhkâr) c'est de renvoyer au coeur les connaissances pour définitivement les y enraciner. Quant à l'intérêt de la méditation, c'est d'accroître la science et de drainer une connaissance non encore acquise.
3 - La multiplication de la connaissance:
Lorsque les connaissances se mêlent dans le coeur selon une disposition particulière, elles produisent une nouvelle connaissance. C'est que la connaissance procède de la connaissance. La multiplication de la connaissance jamais ne cesse; c'est ainsi que se prolongent les sciences et la pensée à l'infini. Il n'est que la mort ou les contretemps pour empêcher l'accroissement des connaissances. Ceci s'applique à celui capable d'exploiter les sciences et de trouver le chemin de la réflexion.
La plupart des gens ne peuvent progresser sur la voie des sciences, car n'ayant pas de capital, en l'occurrence les connaissances qui permettent de tirer parti des sciences. Ils sont comme celui qui, ne détenant aucune marchandise, ne peut prétendre au bénéfice. Il peut même être en possession de marchandises, mais ne pas en tirer un quelconque bénéfice, car ne maîtrisant pas l'art du commerce. L'on peut, de même, avoir des connaissances, autrement dit le capital des sciences, mais ne pas savoir les utiliser, composer et réaliser l'assemblage qui génère leur multiplication.
Savoir utiliser et tirer parti des connaissances se font parfois de façon innée, Allah
déposant dans le coeur une lumière venant de Lui, c'est le cas pour les Prophètes- et cela est très rare -, mais la plupart du temps il faut passer par l'apprentissage et la pratique. En outre, il arrive que le méditant voit se présenter à lui ces connaissances dont il récolte le fruit sans savoir comment, ni être en mesure de l'exprimer en raison de son peu d'expérience dans la pratique de l'expression. Combien d'hommes savent de science certaine que la vie dernière est préférable (au monde présent), mais ne peuvent exprimer l'origine d'une telle connaissance, bien que celle-ci ait été la suite des deux premières connaissances, à savoir que le durable est préférable et que la vie dernière est éternelle. Donc, la méditation consiste en la présence simultanée de deux connaissances, celles-ci acheminant le méditant à une troisième connaissance.
Le Fruit de la MéditationSciences, états(Hâl) et oeuvres sont le fruit de la méditation (Fikr), mais seule la science constitue son rapport particulier. Il va de soi que lorsque la science se dépose dans le coeur, l'état de ce dernier en est transformé et conséquemment les actes qu'effectuent les membres (jawârih). L'oeuvre est donc tributaire de l'état, l'état de la science et celle-ci de la méditation.
La méditation est donc l'origine, la clé de tous les biens. C'est cela qui te dévoile son mérite et sa supériorité sur le rappel(Dhikr - Tadhakkur) parce qu'elle est rappel et davantage. Le rappel par le coeur est meilleur que celui qui procède des membres. Qui plus est, la noblesse de l'acte procède du rappel qu'il recèle. La méditation est donc de l'ensemble des actes le meilleur. Il a été dit :
« C'est la méditation qui transporte l'individu des choses blâmables à celles désirables, du désir et de la cupidité à l'ascétisme et au contentement. »Il a été dit également:
" C'est la méditation qui engendre visibilité (Muchâhada) et piété. "C'est pourquoi, le Très-Hauta dit:
{ C'est ainsi que nous l'avons fait descendre un Coran en [langue] arabe, et Nous y avons multiplié les menaces, afin qu'ils deviennent pieux ou qu'il les incite à s'exhorter ? } [ Sourate 20 - Verset 113]
Si tu veux saisir comment la méditation transforme l'état (Hâl), regarde l'exemple de la vie dernière déjà sollicité par nous. Par la méditation, nous savons que la vie dernière est préférable. Si cette connaissance vient à s'ancrer dans les coeurs, ceux-ci aspireront à la vie dernière et au renoncement (Zuhd) au monde immédiat. C'est ce que nous entendons par « état » ; le coeur, avant de s'imprégner de cette connaissance, est dans un état tel qu'il aime le monde d'ici-bas et penche pour lui, se détournant de la vie dernière et n'y portant que peu d'intérêt.
Les degrés de la méditation et la transformation de l'état du coeur :Cette connaissance change l'état du coeur ainsi que sa volonté et son désir. La transformation de la volonté se répercute sur les oeuvres effectuées par les membres qui rejettent le monde immédiat et se tournent vers la vie dernière. Cinq degrés se présentent:
- Le premier : le rappel (Tadhakkur)qui figure la présence dans le coeur des deux connaissances déjà mentionnées.
- Le second: la méditation (Tafakkur) qui est la sollicitation de la connaissance recherchée à travers les deux premières.
- Le troisième: l'acquisition de la connaissance recherchée et l'illumination du coeur par elle.
- Le quatrième:la transformation de l'état du coeur du fait de la lumière de la connaissance.
- Le cinquième: l'action des membresest fonction de l'état du coeur.
La lumière de la connaissance:
C'est l'exemple de la pierre que l'on frappe contre le fer: de ce contact, se dégage un feu qui donne de la lumière. Ainsi, l'oeil devient clairvoyant et les membres peuvent se mettre aussitôt à l'oeuvre. Il en est ainsi de l'émergence de la lumière de la connaissance qui procède de la méditation; celle-ci réunit les deux connaissances et les assemble d'une façon propre à en dégager la lumière de la connaissance comme le feu surgit du fer.
Lumière qui change le coeur et le fait pencher vers ce qui lui était jusqu'alors inconnu, de la même façon que la vue saisit, du fait de la lumière du feu, ce qui avant, lui échappait. Par conséquent, les membres se mettent à l'oeuvre pour répondre au nouvel état du coeur comme se lève au travail celui qui, avant le retour de la lumière, était immobilisé.
Les sciences et les états (Hâl) :Les sciences et les états sont donc le résultat de la méditation. Les premières sont infinies, les seconds considérables. C'est pourquoi si un novice (Murîd) cherche à délimiter les genres et les champs de la méditation, il en sera incapable, parce que les champs de la méditation ainsi que les fruits de celle-ci sont illimités. Nous nous efforçons effectivement de cerner ses champs par rapport aux tâches des sciences religieuses et aux états qui sont les stations (Maqâm) des itinérants.
Cependant une telle entreprise demeure globale, car procéder à leur développement détaillé nécessite l'explication de toutes les sciences. Or l'ensemble des livres, comme leurs commentaires, englobent toutes les sciences, lesquelles sont tirées d'idées spéciales. C'est pourquoi tenons-nous en à ce qui leur est commun pour cerner les champs de la méditation.
Les Champs de la Méditation
Sache que la pensée couvre aussi bien les affaires religieuses que temporelles. Les premières seules nous intéressant, nous laisserons de côté les secondes. Par « religion », nous entendons la relation du serviteur au Seigneur le Très-Haut. Toutes les pensées du serviteur se rattachent nécessairement soit à sa condition, à ses attributs et à ses états, soit à l'Adoré, à Ses attributs et à Ses actes.
Ce qui se rattache au serviteur peut être la considération de ce qui est aimé du Seigneur le Très-Haut ou abhorré par Lui. Et il n'est nul besoin de méditer sur autre chose.
Ce qui se subordonne au Seigneur le Très-Haut, peut être la considération de Son essence, Ses attributs et Ses plus beaux noms ou de Ses actes, Son Royaume(Mulk, Malakût), ainsi que ce qui est dans les cieux, la terre et entre eux.
Un exemple te fera découvrir que la pensée se limite exclusivement à ces parties ! C'est que l'état des itinérants vers Allahle Très-Haut, et des désireux de Sa rencontre, se rapporte soit à leur Bien-aimé [Allah], soit à eux-mêmes.
Si l'itinérant médite sur son Bien-aimé, il se focalisera soit sur Sa beauté, Sa belle image pour jouir d'une telle méditation et d'une telle vision, soit sur Ses actes affables et excellents, lesquels informent de Son caractère et de Ses attributs; ce qui a pour vertu d'accroître son plaisir et de renforcer son amour. Et si l'itinérant médite sur lui-même, il portera son regard sur ce qui, de ses attributs, lui fait perdre l'estime de son Bien-aimé, ainsi pourra-t-il s'en abstenir ou sur ceux qui, au contraire, le rapprochent et le font aimer de Lui, et qu'il veille à faire siens.
Si sa méditation se définit pour objet autre chose, il n'est plus aimant, puisque l'amour ardent parfait ('Ichq) est ce qui consume l'aimant et emplit son coeur au point de ne plus y laisser de place pour autre chose que son bien-aimé. Il convient que l'aimant d'Allahsoit ainsi: ni son regard ni sa pensée ne doivent se porter sur autre que Lui. Tant que la méditation de l'itinérant s'en tient à ces quatre domaines, il se conformera aux exigences de l'amour.