Crash de l’économie algérienne. Les débris ont bien été
repérés. Mais les…
… boîtes noires restent introuvables !
Maurice Leblanc avait son mystère de «L’Aiguille creuse». Nous avons désormais le nôtre de mystère. Celui, opaque, très opaque de «la plaque de marbre dérobée à l’aéroport d’Oran». Elle était apposée à l’entrée du salon d’honneur de cette enceinte aéroportuaire. Et comme de logique, il y avait inscrit dessus «Salon d’Honneur». Elémentaire, jusque-là ! Le matin, en arrivant, les agents d’entretien ont aussitôt remarqué la grande trace carrée au-dessus de la porte du salon. Une trace trahissant l’emplacement de la plaque de marbre, avant qu’elle ne disparaisse. L’alerte a aussitôt été donnée. Et tous les fins limiers ont été mis sur le coup. Une plaque de marbre, même opaque, même très opaque, ne peut pas se volatiliser ainsi, se sont dit les fins limiers. Il fallait au plus vite avertir le wali d’Oran. Tressaillant au coup de fil – les walis tressaillent toujours lorsque leur téléphone sonne – il allait pour enfiler son costume de cérémonie pensant qu’il fallait accueillir quelque personnalité de haut rang au Salon d’Honneur de l’aéroport de sa ville. On lui expliqua alors de quoi il s’agissait. Et il déboula à l’aérodrome en jogging, pressentant sûrement qu’il allait y avoir du sport dans les prochaines heures avec ce «vol qualifié» commis sur son territoire de compétence. Sur place, une cellule de crise a été installée. Confortablement installée selon la cellule elle-même. D’ailleurs, j’ouvre ici une parenthèse. Il est important de toujours bien installer les cellules de crise, quelle que soit la nature de la crise. ça n’aidera peut-être pas à résoudre ladite crise, mais la cellule s’en souviendra un jour. Une seule question sur la table des fins limiers réunis confortablement dans la cellule de crise : pourquoi voler une plaque de marbre sur laquelle était inscrit en arabe et en français, pas en tamazight ni en vieux tlemcénien, «Salon d’Honneur» ? Quel pouvait être le mobile ? Des objets bien plus précieux, ayant une valeur marchande autrement plus grande que cette vulgaire plaque en marbre, étaient disposés dans ce Salon d’Honneur. Et y sont toujours. N’ont pas été dérobés. Alors ? Pourquoi cette plaque ? Au premier jour de l’enquête, le seul linguiste faisant accidentellement partie de la cellule de crise suggéra timidement de s’intéresser à ce qui était écrit sur la plaque et qui aurait pu indiquer des pistes pouvant mener au mobile réel du vol, à défaut de mener vers un avion décollant enfin à l’heure. Les autres membres regardèrent le linguiste de manière bizarre. Le 2e jour de l’enquête, on ne revit plus le linguiste. Personne ne s’inquiéta vraiment de sa disparition soudaine. Aucune cellule de crise ne fut mise sur pied pour entamer des recherches. C’est tout juste si une plaque en tôle ondulée, même pas en marbre, commémorant son parcours de linguiste a été plantée à l’entrée sud de Bordj-Badji-Mokhtar. Personne ne sait d’ailleurs vraiment si cette plaque-là est toujours en place. Ou si elle a été fumée par les populations locales afin
qu’elles restent éveillées à leur cauchemar qui continue.
H. L. |