Mercredi 26 Août 2015

Fastes en pleine cour des miracles !

Par Hakim Laâlam
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Chut ! Deux minutes SVP. Laissez-moi tendre l’oreille ! Ah !
Voilà ! J’ai bien entendu ! Mon voisin vient de brûler une
liasse de 50 000 dinars en deux minutes chrono.
Des pétards-fusées.
Vive la crise !
C’est un signe venu du ciel ! De qui dans le ciel, je ne sais pas. Mais matériellement, il est bien venu du ciel. C’est prouvé ! L’ignominie d’une manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe 2015» vient d’être encore une fois mise à nu par des averses dites «torrentielles» et qui ont mis la ville des Ponts en situation de catastrophe pas si naturelle que cela. Un argent fou a été englouti par les préparatifs à cette manifestation. Des sommes colossales ont été «mangées» «dévorées» pour donner l’impression visuelle que Constantine avait été «ravalée», re-liftée en profondeur et changée en bien. Quelques ondées, plus tard, c’est l’image d’une Constantine ravagée par les inondations, sinistrée que l’on gardera de cette année 2015, et sûrement pas celle de la manif’ culturelle qui s’y est tenue sur plusieurs semaines. Ça a été déjà dit ! Ici et ailleurs ! Mais je le répète encore, ici. Quand on n’est pas capable de gérer un égout, on ne se pique pas de «festivaler» à coups de pétrodollars. Occupe-toi d’abord de ne pas voir les citoyens de ta ville et de ta région se faire avaler par les eaux avant de vouloir leur en mettre plein la vue avec des chanteurs arabes payés à gros biffetons et qui ont tous ce même réflexe Commercial qui me sort par les trous du nez, monter sur scène drapés dans l’emblème de mon pays. Les zéros sur les chèques valent bien un déguisement ! Mais que vaut alors la vie d’une constantinoise et d’un Constantinois ? Que vaut la vie d’une Tlemcénienne et d’un Tlemcénien, eux aussi acteurs non associés d’une méga-manifestation estampillée bessif culturelle ? La crise, celle que nous vivons aujourd’hui, et, plus grave, celle à venir et qui va nous amener à nous entredéchirer dans les rues bientôt pour pouvoir ramener un sachet de lait à la maison, cette crise on y arrive aussi parce qu’au lieu de garantir des lignes de téléphone et d’Internet qui fonctionnent normalement, correctement, on se gausse de la 4G. On y arrive aussi parce qu’on évoque très sérieusement la fabrication de drones 100% algériens, alors que nous ne sommes pas encore foutus de faire décoller et atterrir à l’heure prévue des avions construits par d’autres, sur des aéroports édifiés par d’autres. On y arrive aussi parce que l’on évoque encore des plans de circulation miraculeux à venir afin de désengorger nos artères, alors qu’aucune loi n’oblige aujourd’hui encore un promoteur public ou privé à construire la moindre cité sans prévoir un parking souterrain comme cela se fait dans les pays mentalement structurés, gérés avec un SMIG de compétence. Dans des pays où, à un méga-festival de dimension internationale ne succède pas une catastrophe nationale. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.