A la une_LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
08 Mars 2016

L’Algérie enregistre des avancées

L’Algérie semble avoir amorcé un véritable tournant en matière de protection
de la femme. Les lois jusque-là inadaptées à une réalité qui a fini par prendre
le dessus, ont enregistré un bond en avant et continuent à progresser au sein
d’une société qui prend conscience de l’ampleur du désastre.
Rym Nasri - Alger (Le Soir) - Le hasard a voulu que la journée du 8 mars coïncide
avec l’organisation de la 5e Assemblée générale de la Déclaration de la Conférence
internationale de Kigali, à Alger, portant sur le rôle des organes de sécurité,
pour mettre fin aux violences, faites aux femmes et aux filles.
Une rencontre dont les recommandations permettront certainement à l’Algérie
d’élaborer un plan national contre la violence à l’égard des femmes et des filles.
Les violences atteignent les femmes dans tous les milieux, dans la vie privée,
dans les espaces publics comme au travail. Signe d’une discrimination fondée sur
le sexe et de l’inégalité entre hommes et femmes, ce phénomène continue à prendre
de l’ampleur en Algérie. La preuve : le nombre croissant des plaintes déposées
au cours de ces dernières années auprès des structures de la Sûreté nationale par
des femmes violentées. Selon la chargée du Bureau national de la protection de
l’enfance, de la délinquance juvénile et de la protection de la femme,
victime de violences, à la direction de la Police judiciaire,
Mme Kheira Messaoudène, ce nombre était moins important en 2010 avant de connaître
en 2013 une hausse d’une moyenne de 7 000 plaintes. «Aujourd’hui, 9 000 plaintes ont été
déposées par des femmes violentées», précise-t-elle. Soulignant la prise de conscience de
la part de la société civile et des femmes victimes, elle estime que la nouvelle loi contre
les violences faites aux femmes permettra d’encourager les femmes agressées ou violentées
à franchir le pas et à porter plainte. Cette loi témoigne justement d’une prise de conscience
des politiques après tant d’années de silence. Le projet a d’ailleurs suscité moult remous dès
son élaboration. Les partis islamistes ont été les premiers à faire de la résistance pour son adoption.
Résultat : le texte a traîné des mois dans les tiroirs avant d’être adopté. La nouvelle loi contre
les violences faites aux femmes lève ainsi le tabou des violences subies par les femmes notamment
au sein du couple. Un important arsenal juridique qui prévient et sanctionne ce phénomène.
Il permet aux femmes victimes de briser le silence dans lequel elles sont maintenues par
la crainte de violences répétées.Toutefois, les associations et organisations de défense des droits
des femmes continuent à plaider pour une loi-cadre afin de compléter la législation algérienne
dans ce domaine. Cela même si elles relèvent du positif dans l'amendement du code pénal à travers
la reconnaissance, pour la première fois, des violences contre les femmes comme
une infraction. Si cette loi ne reflète que la partie répressive, la politique de lutte
contre les violences faites aux femmes doit être multiforme. L’évolution des mentalités
et des habitudes devrait être une priorité. Vient ensuite l’école qui doit jouer un rôle dans
la prévention des violences et la lutte contre des comportements sexistes.
De même pour les médias qui doivent s’impliquer dans la prévention et l’éducation.
Ry. N.