A la une/Actualité_Handicapés, cancéreux et personnes atteintes de maladies chroniques
le 28.03.16 | 10h00


Années fastes ou crise, le calvaire continue !

En cette période de crise économique, alors que les pouvoirs publics
s’affèrent à étudier les solutions à adopter
pour financer le déficit budgétaire

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et pour mener à terme les projets les plus urgents de manière à éviter la colère sociale,
des pans entiers de la société s’inquiètent sur l’impact qu’aura cette conjoncture sur leur situation sociale. Mais aussi sur
la prise en charge de leurs besoins les plus élémentaires en matière de santé notamment.
En effet, ce sont les couches les plus défavorisées qui affichent leur appréhension face à un avenir incertain.
Et ce, d’autant que le budget de la solidarité nationale, la famille et la condition de la femme a baissé de près de 10% cette année,
passant de 131,8 milliards de dinars en 2015 à 118, 8 milliards de dinars en 2016.
Déjà lésées durant la période faste qu’a connue le pays entre 2000 et 2010, les catégories démunies sont les premières à payer
les frais d’une crise qui se corse, même si les assurances n’ont pas manqué depuis le début de la baisse des recettes pétrolières
du côté des pouvoirs publics. Les ministres en charge des secteurs sociaux tiennent à chaque fois à rassurer que la crise n’affectera pas
leurs départements.C’est le cas de la ministre de la Solidarité nationale, Mme Nouria Meslem, et du premier responsable de la Santé.
Mais les promesses semblent difficiles à tenir. Résultat : les handicapés, les malades atteints de pathologies lourdes ou rares
et les chômeurs sont les premiers à être affectés par cette conjoncture économique difficile.
Peur de perdre les maigres acquis des handicapés
Mme Atika El Mameri, présidente de la Fédération des associations des handicapés moteur (FAHM) ne manque pas d’ailleurs d’afficher
sa crainte quant à la dégradation de la situation des handicapés. «Les maigres acquis que nous avons arrachés sont menacés par la crise
qui intervient au moment où l’on s’attelle à mettre en place une politique dédiée à cette catégorie de la société», nous dira-t-elle.
Et de souligner : «Nous sommes très inquiets par rapport à la conjoncture économique actuelle.
La politique en direction des personnes handicapées devait être enrichie car elle n’en est qu’à ses débuts. Tous les dispositifs de services à
la personne que nous proposions de créer : services d’auxiliaire de vie à domicile pour les personnes dépendantes, services d’auxiliaire
de vie scolaire, services de transport adapté, porte-à-porte, etc. Ces services auraient permis aux personnes en situation de handicap
dépendantes de sortir et mener une vie sociale pour rompre avec leur marginalisation.
Ce sont aussi des services pourvoyeurs de nombreux emplois.» Mais ce sont surtout des services coûteux et lourds à supporter dans
le contexte actuel. «Mais nous ne pouvons pas remettre aux calendes grecques ce que nous attendons depuis quarante ans ! Améliorer
la vie des familles qui prennent en charge des personnes handicapées dépendantes, faciliter à 15% de la population algérienne la participation
à la vie sociale, toutes ces mesures contribuent à la cohésion et à la paix sociale», noter encore Mme El Mameri
La revalorisation de la pension en attente
Or, le retard est important à ce niveau. Déjà que le Conseil national supérieur des handicapés annoncé pour le mois de mars 2016 avec comme
objectif l’amélioration des conditions de vie des handicapés tarde à être lancé officiellement. Idem pour l’augmentation de la pension de 4000 à 8000 DA.
«Cette pension devait être revalorisée à hauteur de 8000 DA mensuels, mais l’aggravation de la situation économique a stoppé cette augmentation
qui était prévue officiellement», notera à ce sujet Mme El Mameri.Et à Mme Flora Boubergout, présidente de l’Association de soutien aux handicapés
El Baraka de regretter : «La personne handicapée survit en s’accrochant avec désespoir au plancher financier que lui accorde aléatoirement la réglementation»,
alors que les difficultés sur le terrain sont de plus importantes. L’augmentation des accidents de la circulation sur nos routes ne fait que compliquer
la situation et augmenter les besoins de cette catégorie de la société. Ce qui constitue une charge sociale de plus sur les ressources de l’Etat
et des caisses d’assurances sociales et économiques.
Prise en charge aléatoire
Faut-il rappeler dans ce cadre qu’actuellement l’Etat prend en charge les cotisations CNAS des personnes handicapées sans revenus et sans emploi
pour leur assurer une couverture sociale. Il prend aussi en charge le coût de la gratuité des transports urbains via des conventions signées par
le ministère de la Solidarité et entreprises de transport de voyageurs privées et publiques.Exemple : Air Algérie transporte gratuitement sur les vols
domestiques les personnes handicapées à 100% et leurs accompagnateurs. Mais beaucoup reste à faire pour mettre fin à la triste condition de cette
catégorie dont le recensement est en cours de réalisation. A ce jour, le nombre réel des handicapés et de leurs besoins, ainsi que les types de handicaps
et structures matérielles et moyens humains indispensables à leur prise en charge ne sont pas cernés.
Cela pour relever l’absence de données exhaustives sur les personnes aux besoins spécifiques ni sur les moyens de leur prise en charge. L’exemple
des enfants atteints d’Infirmité motrice cérébrale (IMC), qui souffrent d’un retard de développement psychomoteur et celui des paraplégiques
(en attente de gratuité des sondes pour l’auto-sondage) sont les plus édifiants, selon Mme El Mameri qui évoquera le cas d’un père qui éprouve
d’énormes difficultés à prendre en charge son enfant (couches, poussette pour les déplacements, médicaments…).
Ces enfants nécessitent en effet un accompagnement et un suivi dans des centres de réadaptation. Ce qui n’est pas disponible de manière équitable
à travers toutes les wilayas. En d’autres termes, une illustration claire des distorsions régionales dans la prise en charge des handicapés au même titre
que dans d’autres secteurs.
Cancer et maladies orphelines : déficit en formation
L’autre catégorie de la société qui risque d’être lourdement affectée par la crise est celle des cancéreux. Pour bon nombre d’observateurs, le Plan cancer
pour la période s’étalant de 2016 à 2019 est menacé. Evalué à 179 milliards de DA, ce plan souffre selon les spécialistes d’une insuffisance en matière
de prévision financière sur le long terme.Aussi, la perte de pouvoir d’achat du budget prévisionnel, les intrants, les équipements d’oncologie
et les médicaments induite par la perte de valeur du dinar complique la mise en œuvre de ce plan. L’on s’attend ainsi à ce que le montant
de 179 milliards de DA subisse d’ici à 2019 une forte dépréciation à cause de l’inflation. «Ce qui risque de le rendre caduc», avertissent les spécialistes.
Et ce, d’autant que les budgets ne pourraient être augmentés pour compenser cette perte de valeur. Face à ce risque, du côté des coordonnateurs dudit plan,
l’on plaide essentiellement pour l’investissement dans la formation et non dans les équipements. «Nous avons besoin beaucoup plus des former des médecins
pour prendre en charge les malades», nous dira un membre du comité de suivi et d’évaluation dudit plan. Le Pr Messaoud Zitouni abonde d’ailleurs dans
ce sens, plaidant pour la formation des médecins généralistes eu égard à leur rôle majeur dans la prise en charge médicale de proximité.
Il n’a pas manqué de déplorer en février dernier le déficit enregistré en la matière. Et ce, au même titre que les médecins spécialisés dans la prise en charge
d’autres pathologies, à l’image des maladies orphelines.Pour les économistes de la santé, un effort de formation des praticiens est impératif surtout que beaucoup
de jeunes médecins ne connaissent pas ces maladies. Les médicaments disponibles sont également rares et très chers et certains ne sont pas remboursés par
l’assurance maladie. Ce que déplorent les associations dont les craintes augmentent dans la conjoncture actuelle. En Algérie, le nombre de personnes souffrant
de ces maladies est estimé, pour rappel, à 10 000 personnes et sont essentiellement des enfants (75%).
Seuls le dépistage précoce et l’élaboration d’un programme sanitaire public spécifique sont conseillés et ouvrent la voie à la budgétisation dans les établissements
publics de santé pour la prise en charge de ces affections. Or, les conditions financières du pays ne s’y prêtent pas.
Samira Imadalou