LE PHÉNOMÈNE NE CESSE DE PRENDRE DE L’AMPLEUR136 harraga interceptés en quatre jours
22 Août 2016
Un nouveau bilan effarant sur les tentatives de fuite de jeunes Algériens vers
l’Europe a été rendu public hier par les services chargés de la surveillance
de l’émigration clandestine : en une seule nuit, pas moins de 108 personnes
ont tenté de rejoindre le continent européen par la mer avant d’être
rattrapées par les gardes-côtes.Le chiffre est alarmant et démontre, si besoin
est, toute l’ampleur d’un phénomène qui en dit long sur l’état d’esprit qui règne
au sein de la jeunesse algérienne. 108 personnes qui tentent de fuir en une
seule nuit est un fait frappant, presque un drame qui nous renvoie, à moindre
échelle, à une image de boat-people dans un pays en crise aiguë. Selon le
communiqué du ministère de la Défense nationale, qui publiait hier
l’information, la tentative a été déjouée au cours de la nuit du samedi par les
gardes-côtes de Annaba. Le groupe qui tentait de prendre la fuite s’était réparti
à bord de neuf embarcations de fabrication artisanale et a été intercepté au
lieu-dit Ras-El-Hamra. Le phénomène aurait pu être perçu comme étant
conjoncturel si deux autres évènements similaires n’étaient survenus au cours
de la même semaine. Un jour auparavant, vendredi, un autre communiqué
du MDN annonçait l’interception là aussi de 15 autres Algériens dans des
conditions similaires et toujours à Ras-El-Hamra. Et ce n’est pas tout. Car
deux jours auparavant, mercredi, la même source annonçait l’interception,
au large de Annaba, de 13 autres personnes qui tentaient de rejoindre l’Europe.
En tout, 136 personnes interceptées en l’espace de quatre jours.
Le phénomène des «harraga» enregistrerait-il une hausse ? Aurait-il un
lien avec les premières conséquences de la crise que traverse le pays marquée
par une dégradation du niveau de vie et un manque de perspective flagrant
qui concerne toute la jeunesse algérienne ? Il y a moins de six mois, une étude
menée par le Centre de recherches en anthropologie sociale et culturelle
(Crasc) nous informait que 36% des émigrés clandestins algériens ne sont
autres que de jeunes universitaires à la recherche d’un lendemain meilleur.
Pour Rym Othmani, la conférencière qui exposait les résultats de sa recherche,
il s’agissait de «diplômés et de travailleurs qualifiés, âgés de 18 à 30 ans
avec une prédominance d’hommes de la classe moyenne ayant affronté un
marché du travail précaire qui se sont inscrits dans une démarche d’autonomie
et tentent l’aventure». La chercheuse a évoqué l’existence d’un sentiment
d’exclusion et informe que 27% de ces émigrés détiennent des diplômes
ou des qualifications de la formation professionnelle. D’autre part, et selon un
bilan établi par la Laddh, 13 272 personnes ont réussi à traverser la Méditerranée
durant la période qui s’étend de janvier 2009 à juin 2015. Les toutes récentes
informations publiées par le ministère de la Défense laissent, cependant,
entendre que nous assistons actuellement à une aggravation du phénomène.
Tout comme le récent rapport publié par la Gendarmerie nationale, lequel
annonçait une hausse de 75% des conflits sociaux en Algérie, ces communiqués
du MDN ne peuvent passer inaperçus dans le sens où ils renseignent sur l’état
d’esprit qui règne au sein de la société.
A. C.



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