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zadhand
13/01/2016, 19h43
A la une/Actualité_Arrêt du processus électoral en 1992
le 13.01.16 | 10h00


Que cache la polémique ?

La mort de Hocine Aït Ahmed semble avoir ouvert la boîte de Pandore.
Les vieux démons des années 1990 refont surface
sur fond de polémiques entre acteurs de l’époque.

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Alors que des millions d’Algériens ont accompagné l’un des éminents dirigeants
de la Révolution à sa dernière demeure, d’anciens responsables lancent des
polémiques aux contours sombres. A commencer par les différentes sorties de
l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar, qui a senti le besoin d’«apporter
des précisions» sur des déclarations que feu Aït Ahmed avait faites de son vivant.
Tel un sniper attendant une éventuelle cible, le général Nezzar sort sa grosse
artillerie pour démentir des faits qui ont pourtant fait consensus jusque-là
jamais du vivant de Hocine Aït Ahmed, un ancien responsable a démenti le fait que
le pouvoir ait proposé au fondateur du FFS de faire partie d’une
direction (ou de la diriger) afin de sortir le pays de la crise.
Mais ce débat, qui s’est fait à sens unique puisque l’un des acteurs n’est plus de
ce monde, a débordé sur la crise qui a secoué le pays durant les dernières années
de la présence de Chadli Bendjedid à la tête de l’Etat. De la responsabilité de l’arrêt
du processus électoral aux raisons qui ont poussé le défunt chef de l’Etat à remettre
son tablier un soir de janvier 1992, en passant par les violences qui ont marqué
le pays durant la période qui a précédé les élections
législatives de décembre 1991, tout y passe.
Et si le général Khaled Nezzar, qui était ministre de la Défense au moment des faits,
a l’habitude d’assumer ou d’expliquer une partie des faits, l’intrusion du général
Mohamed Betchine, qui n’était pourtant pas acteur direct à ce moment-là, veut
rajouter une couche à cette polémique qui n’en finit pas d’évoquer d’autres acteurs
beaucoup moins loquaces. C’est le cas de Mouloud Hamrouche que le général Nezzar
accuse d’être derrière les brutalités qui ont suivi la grève du Fis-dissous en 1991.
Dans ce capharnaüm que «les moins de 20 ans» ne comprennent pas forcément,
des questions légitimes se posent. Il s’agit surtout de savoir ce qui motive tout ce
beau monde à s’inviter aujourd’hui à une scène où il n’est pas dit qu’ils sont forcément
des acteurs de premier plan. Leurs réputations étant faites depuis longtemps,
les généraux Nezzar et Betchine ou encore Ali Haroun semblent des joueurs qui évoluent
plutôt pour d’autres équipes qui tirent les ficelles derrière les rideaux. Car, personne
n’ignore que dans les coulisses du pouvoir se jouent des duels ou des combats encore
plus acharnés entre des acteurs qui se battent à couteaux tirés en vue d’acquérir
une place dans la course à la succession qui se prépare.
Il est vrai que Abdelaziz Bouteflika, même diminué physiquement, reste présent au cœur
du débat politique. Mais, sauf coup de théâtre, le projet de la révision constitutionnelle
est le dernier projet politique que son régime est en mesure d’offrir actuellement. Ce qui
pousse des cavaliers embusqués à monter sur leurs chevaux et attendre le signal pour
la course finale. Et ironie de l’histoire, 24 ans après l’arrêt du processus électoral
synonyme du début officiel de la décennie noire et sanglante, ce sont encore des
militaires de cette époque qu’on croyait lointaine qui font le débat. Ce qui signifie que
le pays n’est toujours pas guéri de ses anciennes blessures malgré l’inscription de
la «réconciliation nationale» dans le projet de révision constitutionnelle.

Ali Boukhlef